Interview de Thomas Lombard (rugby)

par | 11, Août, 2020

Thomas Lombard est un ancien joueur de rugby à XV international français. Après 18 ans de carrière sportive, il prend sa retraite et devient consultant pour RMC et Canal+. Il est désormais, depuis 2019, Directeur Général du Stade Français. Pour Jurisportiva, il revient sur les moments douloureux de sa fin de carrière de rugbyman, sur sa reconversion dans un club qu’il affectionne tout particulièrement mais également sur l’après confinement et la manière dont les « Bleu et Rose » gèrent cette crise sanitaire, qui économiquement, met à mal le club, pourtant premier budget de Top 14 lors de la saison 2019-2020. Un grand merci à lui !

 
Je l’ai vécu avec beaucoup de frustration mais à certains moments il faut aussi s’arrêter et penser à soi et à sa santé.

Bonjour Monsieur Lombard. Pouvez-vous nous présenter brièvement votre carrière au rugby ? Pourquoi avoir choisi ce sport ?

Bonjour, je m’appelle Thomas Lombard. Ancien rugbyman de haut niveau, j’ai commencé le rugby assez jeune, au Chesnay. J’ai joué dans plusieurs clubs professionnels pendant 25 années, d’abord le Racing 92 en tant que jeune, puis 7 saisons au Stade Français, avant de rejoindre en 2004, Worcester en Angleterre et de finir ma carrière au Racing 92 en 2008. J’ai désormais entamé ma retraite sportive et ma reconversion, je suis depuis 2019 le Directeur Général du Stade Français.

Après 14 ans de rugby au haut niveau, vous avez pris votre retraite en 2008 suite à une anomalie cardiaque. Comment avez-vous vécu cette période ?

De manière douloureuse puisque même si on sait qu’il y a toujours une fin, on préfère toujours maîtriser les choses et non que cela soit imposé. Quoi qu’il en soit, le verdict n’était pas négociable, il fallait faire avec. D’un autre côté, cela m’a évité toute cette réflexion que les sportifs ont en fin de carrière concernant le moment où il faut y mettre un terme. Je l’ai vécu avec beaucoup de frustration mais à certains moments il faut aussi s’arrêter et penser à soi et à sa santé.

Quelles ont été vos occupations professionnelles depuis votre reconversion ?

Je me suis tout de suite impliqué dans ma reconversion. Déjà, avant la fin de ma carrière, je collaborais avec Canal+ en tant que consultant sportif. Lorsque j’ai pris ma retraite sportive, j’ai poursuivi sur cette voie-là et je m’y suis investi à 100%. J’ai également été consultant et commentateur de matchs sur RMC.  À côté de cela, j’ai été choisi pour assurer la voix française de commentateurs pour des jeux vidéo tels que Rugby 15 ou Rugby 18, en compagnie d’Éric Bayle.

En 2015, j’ai été chargé de communication puis manager de l’équipe anglaise des Barbarians. J’ai eu d’autres expériences, notamment celle de coach mental auprès du club de football du RC Lens. Enfin, en 2019, j’ai été nommé Directeur Général du Stade Français.

Pourquoi ce choix d’avoir pris la direction du Stade Français ? 

Après 12 ans dans les médias, j’avais fait un certain nombre de choses et j’ai progressé dans la hiérarchie des consultants. J’ai eu l’impression d’avoir réalisé ce que j’avais à réaliser. La vie est faite de challenges. Le Stade Français, ce n’est pas anodin pour moi, je me suis toujours senti bien dans ce club et j’y ai passé de nombreuses années qui ont marqué ma vie. L’affection que j’avais pour ce club m’a poussé à me lancer et à partir sur une «troisième vie» finalement.

Quel est votre rôle et quelles sont vos missions ?

Le Stade Française est une PME avec plus de 150 personnes qui y travaillent.  Mon rôle est d’encadrer et de diriger tous ces employés, au sein desquels on retrouve des personnels administratifs et évidemment des sportifs, le staff. Il faut faire tourner cette entreprise. Évidemment, je suis assisté d’équipes avec lesquelles on travaille conjointement et sur lesquelles je peux compter pour mener à bien tous nos projets. J’ai de grosses responsabilités, le Stade Français est une « grosse machine ». Il y a en plus le stade, dont on est l’utilisateur prioritaire, qu’il faut rentabiliser en organisant différents événements en plus des matchs de rugby.

Êtes-vous épanoui à ce poste ? Était-ce important de garder un pied dans le rugby ?

Oui, c’était très important pour moi car même si ça fait maintenant plus de 10 ans que j’ai arrêté de jouer, je ne m’en suis jamais vraiment éloigné. Il y a un attachement viscéral à ce sport (rires). C’est un poste qui est très chronophage et qui implique beaucoup de pression, surtout quand les résultats ne sont pas là. Après, ça reste très exaltant et j’y prends beaucoup de plaisir bien qu’on soit loin de nos objectifs comptables dans le sport.

Le club a traversé une grosse crise cette saison, a été notamment dernier après 17 journées de Top 14, mais il a finalement été maintenu suite à la crise liée au Covid19. Comment vivez-vous ce maintien « sur tapis vert » ?

On le vit très mal car pour nous ce n’est pas satisfaisant de se maintenir ainsi. Les joueurs sont là pour remporter des matchs, et quand on joue pour le Stade Français c’est frustrant et blessant de terminer à la dernière place. On comptait beaucoup sur les 9 dernières journées du calendrier, qui ne se sont pas déroulées à cause du contexte sanitaire, car elles nous auraient permis de recevoir 6 fois. On espérait gagner ces matchs de manière à nous sortir de cette dernière place avec d’autres honneurs que ceux du tapis vert. On est donc extrêmement frustrés par cette fin de saison, et il nous tarde de commencer la prochaine.

Au niveau économique, il y aura beaucoup de turbulences liées au contexte sanitaire. Comment se prépare cette période au niveau de la gestion économique du club ?

La situation économique est inquiétante car on a un arrêt total de toutes formes d’activités depuis le 1er mars : plus de matchs, plus de ventes de billets, plus de sponsoring, de partenariat, tout a été gelé. Tous les autres événements qui devaient se tenir dans le stade ont également été stoppés. C’est une situation très préoccupante. Nous avons eu beaucoup de soutiens, notamment celui de l’État qui nous a permis de profiter des mesures de chômage partiel. Néanmoins, il y a encore un certain nombre de charges qui continue de tomber, donc le plus urgent c’est de retrouver des rentrées d’argent notamment avec la reprise de la saison le 4 septembre. Le problème, aujourd’hui, est que nous n’avons aucune garantie sur le mode de fonctionnement du stade, sur la présence de publics ou non, sur l’éventuelle adoption du huis clos, etc.

Comment les économies vont-elles être réalisées ? Y aura-t-il des baisses de salaires par exemple ?

On a demandé à tout le monde de faire des efforts, aux prestataires, aux salariés, aux joueurs. On a également opéré beaucoup de coupes dans nos budgets, de manière à pouvoir compenser cette période difficile.

Comment s’est déroulée la reprise ? Comment avez-vous géré ce manque de pratique du jeu, de matchs ?

Il y a eu plusieurs protocoles qui ont été mis en place par les médecins. Il y a eu une phase d’entrainement très progressive, avec le respect des consignes sanitaires et de sécurité par rapport à la transmission potentielle du virus. Les joueurs ont passé tout un ensemble de tests : tests de dépistage du Covid19, tests cardiaques, tests psychologiques, etc. La pré saison a débuté à la mi-juin et devrait se terminer autour du 15 août. On attaquera ensuite quelques matchs amicaux avant de reprendre la saison le 4 septembre.

Quels sont vos objectifs sur le long terme avec le Stade Français ?

Pendant les derniers mois, on a fait un véritable travail en profondeur pour retrouver une équipe, et on y est parvenu en partie. Quand je suis arrivé, l’état de délabrement était assez avancé, donc tout ce travail a été assez long. Maintenant, l’objectif est de structurer un collectif pour aller chercher des résultats plus réguliers et plus satisfaisants d’un point de vue du classement. On a des joueurs de très haut niveau, qui doivent aussi répondre aux attentes du club. Leur engagement sera nécessaire la saison prochaine pour aller chercher des places autour du Top 6.

Avez-vous, personnellement, des projets d’avenir ?

J’ai signé un CDI au Stade Français, donc a priori j’y resterai un certain temps ! Mon avenir c’est le Stade Français, donc j’ai pour projet de développer le club en m’appuyant sur 3 piliers : la formation, le retour vers le haut niveau et vers un meilleur classement, et enfin un positionnement marketing de la marque de manière à créer un lien plus dynamique avec nos partenaires.

Crédit photo : Midi Olympique

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