Entre performance sportive et rigueur juridique, Marie Goncalves, traileuse de haut niveau et avocate passionnée, nous livre un témoignage inspirant sur la gestion de sa carrière, les défis du trail, et l’importance de l’accompagnement juridique dans le monde du sport.
Bonjour, pour commencer peux-tu te présenter en quelques lignes?
Je m’appelle Marie Goncalves, je suis traileuse au sein de la team Asics depuis 4 ans et avocate depuis cette année, spécialisée en droit du sport, commercial et immobilier avec une prédominance pour le droit commercial. Depuis octobre dernier, j’ai entamé un master en droit du sport à l’Institut Supérieur du Droit, et je suis en mesure de suivre les cours à distance. Cela représente un véritable levier pour pouvoir conseiller les sportifs, les clubs et les associations. Le sport me passionne profondément, et mon expérience en tant qu’athlète m’a montré qu’un suivi n’intervient souvent qu’au moment de la signature d’un gros contrat ou lorsqu’un problème survient. Pourtant, il serait bien plus bénéfique d’accompagner les sportifs dès le début de leur carrière. Cette prise de conscience est née de mon propre parcours, notamment lors de mes premiers contrats, où j’ai eu la chance d’avoir des connaissances juridiques.
Peux-tu nous parler de ton parcours dans le trail ? Comment es-tu arrivée dans cette discipline ?
J’ai toujours pratiqué la course à pied en commençant par l’Athlétisme. C’est à ce moment-là qu’on a remarqué que j’avais un meilleur potentiel en course à pied. J’ai couru sur piste et participé à des cross, et j’ai eu la chance de participer deux fois aux championnats de France Elite sur 3000m steeple. Puis, avec l’arrivée du COVID, toutes les compétitions ont été annulées. C’est à ce moment-là que j’ai vu une publicité sur les réseaux sociaux pour le programme Trail Elite Factory, lancé par la marque Asics pour repérer de jeunes talents. J’ai décidé de tenter ma chance, je me suis inscrite et j’ai remporté ma journée de sélection ainsi que la finale. Le gagnant obtient un contrat professionnel avec la marque, ce qui a marqué le début de mon aventure dans le trail.
Grâce à ce programme, je me suis retrouvée directement dans une équipe internationale, ce qui a été un véritable atout pour mon développement. J’ai rencontré de nombreuses personnes et j’ai eu l’opportunité de recevoir des conseils des meilleurs. Petit à petit, j’ai augmenté les distances, étape par étape. J’ai commencé par des courses de 30 km, et l’année dernière, j’ai couru un trail de 80 km avec 3500 mètres de dénivelé, qui prend entre 7 et 8 heures. Cela fait maintenant 4 ans que je pratique le trail et je m’apprête à attaquer ma cinquième année.
Quel a été le moment le plus marquant de ta carrière jusqu’à présent ?
Il y a eu de nombreux moments marquants, notamment en 2023, aux championnats du monde où j’ai eu la chance de devenir championne du monde par équipe. Chanter la Marseillaise, c’était tout simplement magique! Ma famille m’a accompagnée en Autriche pour l’occasion, ce qui a rendu ce moment encore plus spécial. Porter le maillot de l’équipe de France, c’est un rêve devenu réalité. Et puis, il y a eu la SaintéLyon, en Décembre 2024, une course incontournable pour moi, étant Lyonnaise!
Le trail est une discipline exigeante sur le plan physique et mental. Quelles sont, selon toi, les principales lacunes en matière de réglementation ou de protection des athlètes?
Le trail reste un loisir, mais on constate malheureusement qu’il y a de plus en plus d’accidents. Chaque année, des décès surviennent. Bien qu’on ne puisse pas contrôler les conditions météorologiques, la prévention devient indispensable. Il est essentiel de ne pas prendre de risques inutiles, même si, au final, il est possible de se blesser gravement en tombant de façon imprévisible. Il faut donc être de plus en plus vigilant pendant les courses. C’est une discipline encore relativement jeune et il reste beaucoup à faire pour la rendre plus sûre. Le nombre de pratiquants de trail augmente chaque année. La Fédération Française d’Athlétisme commence doucement à s’y intéresser, mais il reste encore beaucoup de travail à accomplir.
La question du dopage dans les sports d’endurance est un sujet sensible. Comment vois-tu les efforts des instances pour garantir une compétition propre?
Je pense que c’est une question sensible, surtout pour les sports d’endurance, mais les instances sportives collaborent de plus en plus avec les organisateurs d’événements pour garantir des contrôles plus fréquents. Il y a quelques années, il n’y avait pas de contrôle en trail, mais maintenant, ils sont de plus en plus présents, notamment lors des championnats de France. Il existe aussi des groupes cibles, dont les membres doivent renseigner leur localisation chaque jour, ce qui n’était pas le cas auparavant. Ces athlètes sont soumis à des contrôles réguliers. Pour ma part, j’ai été contrôlée lors des compétitions, mais je ne fais pas partie de ces groupes qui doivent communiquer leur localisation en dehors des événements sportifs.
Le trail gagne en popularité, notamment grâce aux réseaux sociaux et aux marques qui investissent dans ce sport. Penses-tu que cela change la nature de la discipline ?
Cela a indéniablement fait évoluer la discipline, car les athlètes ont désormais plus de moyens, ce qui leur permet de se professionnaliser davantage. Les premiers dans ce domaine en font leur activité à temps plein, ce qui change la nature même du trail. C’est devenu un véritable quotidien, avec un besoin de récupération et une gestion optimale de la préparation. L’évolution du niveau est évidente, et les marques investissent de plus en plus dans leur communication, en particulier sur les réseaux sociaux, ce qui attire davantage de monde. Les courses se remplissent rapidement, et il est souvent nécessaire de s’y prendre à l’avance pour s’inscrire.
Les sponsors jouent un rôle clé dans la carrière d’un athlète. Comment gères-tu ces partenariats et les éventuelles obligations contractuelles qui en découlent ?
Depuis le début, j’ai eu des sponsors qui ont évolué avec moi. Grâce à eux, j’ai pu progresser, et ils m’ont fait confiance, même sans connaître pleinement mes compétences. Ils m’ont offert les ressources nécessaires pour performer, sans que j’aie de références solides de courses. Ainsi, nous avons construit des liens stables avec mes partenaires, et beaucoup sont là depuis le début. Cette relation repose avant tout sur la confiance, un élément clé pour une collaboration durable. Même dans mes nouvelles relations, je m’efforce de maintenir cette confiance pour établir un partenariat unique et bénéfique pour toutes les parties. Cela contribue aussi à mon épanouissement personnel. Je vois cette collaboration comme un échange, et non comme une contrainte.
J’ai rencontré mes premiers sponsors grâce au programme Trail Elite Factory, un programme de détection des talents. Avec eux, j’ai signé deux contrats dès ma première année et lors de ma deuxième année, en tant que vice-championne de France, des partenaires ont commencé à me contacter. Cela s’est fait de manière naturelle, et pour certains, ces relations sont devenues de véritables amitiés aujourd’hui. L’objectif principal reste la performance, donc si une relation devient une contrainte, elle ne peut pas fonctionner.
Quels sont tes prochains défis et objectifs dans le trail ?
J’aimerais participer aux 80 km des Templiers en Octobre, mais avant cela, je prévois probablement les championnats de France de trail en juillet. Mon objectif principal reste de trouver un équilibre et de voir ce qui me convient entre ma vie professionnelle et ma vie sportive. J’aimerais réussir à tout concilier, car le métier d’avocat et la course à pied sont deux de mes passions, et je suis pleinement engagée dans les deux. Mon gros objectif, c’est de réussir à allier ces deux univers. Je trouve de nombreuses similitudes entre mes deux passions, notamment en ce qui concerne le dépassement de soi. Lorsque je reçois un dossier, je le vois vraiment comme une course de fond : il y a des hauts et des bas, des rebondissements, et il faut savoir communiquer efficacement avec son équipe. Transformer les aléas en opportunités, c’est une phrase qui résume bien mes deux passions.
Quel conseil donnerais-tu à un(e) jeune athlète qui souhaite se lancer dans le trail à haut niveau ?
En ce qui concerne la performance, il est essentiel de s’écouter, de respecter son corps et de ne pas brûler les étapes. La progression doit être logique et il ne faut pas chercher à aller directement là où c’est le plus visible. L’objectif n’est pas d’être une étoile filante, mais de briller sur le long terme! Pour cela, il est crucial de bien s’entourer, notamment au niveau juridique, car il y a de nombreux aspects qu’un sportif peut ne pas connaître.
Se faire conseiller par un avocat ou un professionnel compétent permet de comprendre les enjeux légaux, de bien négocier les partenariats et de s’assurer de la bonne gestion de son image et de ses droits.
Un bon accompagnement juridique permet surtout de se concentrer pleinement sur la performance sans avoir à se soucier des aspects administratifs et contractuels.



