Les acteurs du sport, leaders de la révolution écologique ?

par | 4, Mai, 2021

Le sport, acteur majeur de la transition écologique? Le 29 mars dernier le Paris-Saint-Germain communiquait son adhésion au programme « Sports for Climate Action » de l’United Nations Framework Convention on Climate Change (UNFCCC). Le club de la capitale  poursuit ainsi ses engagements en faveur de l’environnement en rejoignant de nombreux acteurs du Football (la Liga, la Juventus, Arsenal, Liverpool) et d’autres sports à l’image de la Fédération Française de Tennis, de la Rugby League World Cup 2021, de la Fédération Internationale de Basketball et de la Fédération Française de Rugby pour ne citer qu’eux sur les 217 signataires. En effet, le Paris-Saint-Germain a amorcé ces dernières années un tournant éco-responsable avec plusieurs projets, notamment l’installation de panneaux solaires aux fins d’alimenter les cuisines du Parc des Princes, l’implantation de ruches et d’un potager collaboratif qui servent d’atelier pour les enfants des écoles environnantes. Dans la continuité, le club fait de l’excellence environnementale une des priorités de son futur Centre d’entraînement, actuellement en construction à Poissy (Yvelines).

Les actions environnementales des acteurs du sport 

À l’heure où l’homme a provoqué la disparition de 68% des animaux sauvages en l’espace de 50 ans selon le dernier rapport « Planète vivante » du World Wide Fund for Nature (WWF), la transition énergétique et la consommation raisonnable doivent être les objectifs prioritaires du 21ème siècle si nous voulons permettre aux futures générations de vivre. Face à ces enjeux mondiaux de santé publique, le sport peut-il être le moteur de cette révolution écologique ? 

Force est de constater que son rôle éducatif et sa résonance mondiale conjuguent toutes les caractéristiques nécessaires pour être un leader de la révolution écologique. En ce sens, certains sportifs conscients de leur statut s’engagent pour la transition énergétique. À titre d’exemple, Wendy Renard et Nikola Karabatic ont répondu présent en participant à la campagne pour l’environnement avec le WWF. De nombreuses initiatives innovantes accentuent également le lien entre le sport et le développement durable à l’image de l’opération balles jaunes de la Fédération Française de Tennis, qui transforme chaque année des millions de balles en sols sportifs ou bien l’outil Optimouv utilisé depuis 2015 par la Fédération Française de BasketBall qui permet de limiter les émissions de gaz à effet de serre liées aux déplacements des pratiquants à l’échelle d’un pays. S’ajoutent aussi des actions comme : 

  • le Tri’Tour, gestion intelligente des déchets sur les évènements sportifs ; le portail Matelo de mutualisation de matériels événementiel ; 
  • le prix Eco Sport Awards, qui récompense les entreprises-sport qui investissent dans l’économie verte ; 
  • l’association Match for Green qui propose d’adhérer à une formation pour mieux comprendre les enjeux environnementaux ;
  • Joinly, qui accompagne les structures sportives dans la digitalisation de leur gestion quotidienne. 

Dernièrement, un nouveau label a été créé par l’ancien rugbyman international Julien Pierre : Fair Play For Planet . Cet ambitieux projet qui s’efforce d’objectiver l’effort environnemental de clubs et d’organisations sportives a d’ores et déjà conquis de nombreux clubs, dont l’Olympique Lyonnais en cours de labellisation.

“La création de notre label Fair Play For Planet confirme notre hypothèse selon laquelle les clubs sont demandeurs de projets en faveur du développement durable » précise Julien Pierre, fondateur du label. 

Côté équipementier sportif, la bataille entre les deux géants semble être à l’avantage d’Adidas. En effet, la marque aux trois bandes est en avance, sa collection de 2015 “Parley for the Oceans” constituée à partir de déchets plastiques récupérés dans l’Océan Indien puis recyclés, le développement des technologies PrimeBlue et PrimeGreen qui ont pour objectif de mettre fin aux déchets plastiques et dernièrement la création de la FutureCraft Loop, chaussure de running 100% recyclée en sont de parfaits exemples. Dans cette lancée, Adidas s’est notamment engagé à utiliser exclusivement du polyester recyclé dans l’intégralité de ses produits d’ici 2024. De son côté Nike, pourtant la référence mondiale de l’innovation technologique dans le sport ne semble étonnamment pas avoir pris la mesure du combat à mener et conscient du leader écologique qu’il pourrait être. En réaction, et poussé par l’attention que portent les jeunes consommateurs quant à la manière dont sont construites leurs baskets et les matériaux utilisés, Nike a proposé début 2020 la collection “Space Hippie”, avec des chaussures 100% recyclables. L’équipementier américain développe également depuis 2020 une gamme “Move to Zero”, en moyenne plus chère que les autres produits proposés par la marque… Réelle volonté d’être des meneurs de la révolution écologique ou simple réponse à l’attente de la société, Nike, Adidas, Puma et les autres ont la fantastique opportunité de sensibiliser les consciences et de montrer l’exemple par leurs actes. 

Le constat est assez encourageant : le sport semble multiplier les actions en faveur de l’environnement et pour cela, nous remercions les acteurs engagés dans le combat du siècle. Néanmoins, si les acteurs du sport semblent prendre le pas de l’écologie et être les candidats idéals pour influencer la société vers une transition écologique rapide, on pourrait penser que les engagements pris par le monde professionnel restent insuffisants et/ou dénués d’objectifs précis. Pour exemple, le programme « Sports for Climate Action » basé sur cinq principes invite les acteurs à : 

  • 1. Faire des efforts afin de promouvoir un environnement responsable ; 
  • 2. Réduire leur impact climatique ; 
  • 3. Éduquer en faveur d’action pour le climat ;
  • 4. Promouvoir une consommation responsable et mesurée ;
  • 5. Communiquer sur le climat. 

Ces principes sont malheureusement subjectifs, c’est-à-dire interprétables selon le degré d’engagement de chacun et aucunement coercitifs puisqu’aucune sanction n’est prévue en cas de non-respect. Dès lors, la signature semble plus être un joli coup de com’ qu’un réel engagement pour une cause importante. La création d’actions telles que Fair Play For Planet démontreront peut-être par le futur qu’en réalité, les clubs sont demandeurs depuis ces dernières années de projets engagés en faveur de l’environnement mais qu’aucune action adéquate ne leur était proposée jusqu’ici.

De leurs côtés, les équipementiers sportifs doivent poursuivre leurs efforts afin de multiplier les technologies en faveur de la transition énergétique et proposer aux consommateurs des produits recyclables à des prix accessibles. 

La Coupe du monde 2022 de Football au Qatar, à l’antipode de la transition écologique 

La Coupe du monde au Qatar est un désastre humain et écologique. La question de la santé  et des conditions des travailleurs immigrés est d’ailleurs traitée au sein de notre précédent article « Sport et droits de l’homme, du nouveau ? » (https://www.jurisportiva.fr/articles/sport-et-droits-de-lhomme-du-nouveau/). Côté développement durable, la mise en avant de « solutions environnementales innovantes » et la construction d’un stade entièrement démontable et transportable ne serait être l’arbre qui cache la forêt ! Les mots forts de Gilles Paché, professeur en sciences de gestion à l’université d’Aix-Marseille, traduisent notamment notre pensée : « l’idée parfois défendue d’une coupe du monde totalement écologique est avant tout une action de communication : le Mondial 2022 sera, au contraire, profondément anti-écologique ». Au-delà de l’obtention suspecte par le Qatar de l’organisation de la Coupe du monde 2022, les conditions météorologiques de l’État arabique semblent évidemment inadaptées pour la pratique du football professionnel, pour cause la FIFA a déplacé le Mondial au mois de Novembre et Décembre. Néanmoins, la chaleur avoisinant au minimum les 25 °C à cette période, les joueurs joueront au sein de stades climatisés majoritairement alimentés par de l’électricité produite au moyen de centrales thermiques. Les climatiseurs eux, rejetteront à l’extérieur des stades la chaleur qu’ils ont pompé à l’intérieur de ces derniers, favorisant ainsi la hausse de température environnante. Enfin, si la transition énergétique était un facteur favorisant l’obtention de l’organisation d’un Mondial, le Qatar n’aurait certainement pas été le candidat retenu puisqu’il est le pays qui rejette le plus de CO2 par personne dans l’atmosphère, avec 37 tonnes par habitant en 2017. À titre de comparaison, la moyenne mondiale à cette même date était de 4,91 tonnes et celle française de 5,20 tonnes. 

La Coupe du monde au Qatar est donc la tâche noire au milieu de ce tableau gris que représente le monde du sport face aux enjeux environnementaux. La transition énergétique nécessite un engagement total et continu de la part de tous, les acteurs du sport ont selon nous, un rôle majeur à jouer tant par la communication que par leurs actions. Espérons que chacun prenne conscience de l’urgence de la situation et agisse en considération.  

Crédit photo : Les Echos

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