Le différend PSG / Mairie de Paris : quelle issue pour le Parc des Princes?

par | 13, Fév, 2023

« Rêvons plus grand », voici le slogan martelé par le PSG depuis le rachat du club en 2011 par le Qatar Sport Investment (QSI). Si le fonds d’investissement qatari a massivement investi dans le club de la capitale afin de permettre son ascension aussi bien sur le plan sportif que sur le plan économique (le PSG est passé d’une valorisation de 70 millions d’euros en 2011 à 4 milliards d’euros aujourd’hui selon son Président et 3,2 milliards selon FORBES), le club doit faire face à un obstacle majeur à la poursuite de son développement : la gestion de son antre, le Parc des Princes. 

En effet pour entrer définitivement dans une nouvelle dimension le PSG se doit d’être souverain dans son propre stade, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Cette situation crée de vives tensions entre le club et la mairie de Paris. Ces dernières se sont accélérées lors de la coupe du monde au Qatar, après les propos du Président parisien Nasser Al-Khelaïfi : « Paris mérite un meilleur stade ». 

Après avoir investi déjà 85 millions d’euros pour moderniser le Parc des Princes (malgré son statut de « locataire »), le PSG souhaite dorénavant faire des travaux d’agrandissement du stade afin de faire passer sa capacité de 48 000 places actuelle à près de 60 000 places et ainsi pouvoir se rapprocher des stades des autres clubs européens de la même dynamique. 

Le PSG aurait ainsi formulé une offre de 40 millions d’euros pour racheter le Parc des Princes. Une hérésie selon Emmanuel Grégoire, premier adjoint de la maire de Paris :Anne Hidalgo, sur les ondes de Sud Radio : « Le PSG en propose 40 millions d’euros. C’est moins cher que Paredes. Franchement ? ! Vous pensez vraiment que le Parc vaut moins que Leandro Paredes acheté 50 millions d’euros ? Ce n’est pas sérieux »

Il existerait dès lors un immense gouffre entre le montant proposé par le PSG et la somme espérée par la ville de Paris, qui serait aux alentours de 350 millions d’euros. 

Face à tout cela, le PSG réfléchirait donc à déménager et à s’installer au Stade de France comme l’a laissé sous-entendre son président à Bloomberg : « Ma première option est de ne pas bouger. Mais la ville de Paris nous pousse à déménager ». Le club envisagerait également d’autres alternatives comme la construction ex-nihilo de son nouveau stade sur des terrains vierges. Deux localisations semblent privilégiées : un terrain à Poissy et un autre à côté de l’hippodrome de Saint-Cloud. 

Mais pourquoi le PSG cherche tant à devenir propriétaire de son propre stade ? Est-ce uniquement une question de capacité d’accueil ? D’autres enjeux sont-ils à considérer ?

Un enjeu économique déterminant : la valorisation du club 

La mairie de Paris est également réticente au moment de négocier avec le PSG pour le rachat du Parc des Princes car celle-ci ne sait pas exactement quels sont les objectifs sous-jacents à cet achat pour le PSG. Ce n’est plus un secret, le PSG cherche à ouvrir son capital à hauteur de 10 à 15% comme le confiait son président au site talkSPORT en novembre dernier. Pourtant la mairie de Paris n’avait vraisemblablement pas été mise au courant avant cette déclaration du président parisien. Dès lors, la mairie parisienne semble se poser des questions, dont une en particulier : 

Le PSG ne chercherait-il pas à acquérir le Parc des Princes afin de faire gonfler ses actifs et donc sa valorisation afin de négocier à la hausse l’ouverture de son capital ? 

La question restera, sans doute, sans réponse mais elle mérite toutefois d’être posée. Puisqu’en effet, le PSG occupe actuellement son stade à la Mairie de Paris avec un bail longue durée qui s’étend jusqu’en 2044, lui permettant de bénéficier d’avantages importants comme le fait de recevoir l’intégralité des recettes de la billetterie les jours de matchs ou encore de pouvoir organiser des évènements sportifs ou concerts tout en encaissant ces mêmes recettes. Dès lors l’aspect économique lié à l’exploitation du stade n’est, a priori, pas le facteur explicatif de cette volonté du club d’acquérir le Parc des Princes.  

Chaque année le site FORBES ou encore la société de conseil KPMG Football Benchmark réalisent une estimation de la valorisation des principaux clubs européens. 

Or, malgré des critères de valorisation parfois différents, un critère déterminant se distingue dans les deux systèmes de notation : le fait d’être propriétaire ou non de son stade. C’est notamment ce critère qui a permis à l’OL d’être « le club qui a connu le plus grand bond de valorisation (150 % depuis 2016) » d’après le rapport de 2019 de KPMG. En effet, la construction du Parc Olympique Lyonnais fin 2015 a occasionné une explosion de la valorisation du club au lendemain de cette construction. 

La diversification des revenus 

Un autre facteur économique pouvant expliquer la volonté du club parisien d’être propriétaire de son stade est la totale liberté dont disposerait le PSG quant à l’exploitation de son stade, ce qui lui permettrait notamment de diversifier ses sources de revenu. Une pratique de plus en plus répandue dans le football professionnel actuel est la pratique du « naming », autrement dit d’accoler le nom d’un sponsor à celui du stade. Cette pratique qui tend à se développer en France ces dernières années peut représenter une entrée massive d’argent dans les caisses des clubs. En France le naming du Groupama Stadium apparaît comme le plus lucratif avec un contrat de 5,5 millions d’euros par saison initié en 2017 et récemment prolongé jusqu’en 2025. 

Mais le PSG peut espérer encore plus avec le Parc des Princes grâce à une notoriété bien supérieure, notamment à l’échelle internationale. Arsenal a notamment négocié un premier contrat en 2004 avec la société aérienne Emirates pour un naming d’une durée de 15 ans contre un montant total de 147 millions d’euros (soit 9,8 millions d’euros par saison). Cet accord a été prolongé en 2012 et est effectif maintenant jusqu’en 2028 pour un montant de 199 millions d’euros. 

Cependant, l’enjeu pour le PSG n’est pas seulement économique. C’est toute la crédibilité du projet inauguré en 2011 qui tend à se concrétiser dans cette volonté d’achat du Parc des Princes.

L’aboutissement d’un projet 

Le projet lancé en 2011 par l’arrivée de QSI à la tête du PSG est un véritable succès sur bien des domaines :

  • Le club est devenu un des plus grands clubs français et européen en 10 ans à peine et même s’il lui manque encore la plus grande des compétitions à l’échelle européennes, le club est tout de même chaque année un prétendant sérieux au titre.
  • Le PSG est devenu une marque à part entière en France et dans le monde : En ce mois de janvier 2023 le site FOOT.FR a établi son classement des clubs ayant vendu le plus de maillots en France sur le second semestre 2022 et le PSG se classe 2ème juste derrière l’OM. 

Mais cette suprématie s’étend en dehors des frontières nationales. Depuis l’arrivée de QSI à la tête du PSG des boutiques officielle du club sont ouvertes aux quatre coins du monde (Japon, Qatar, Corée du Sud, Etats-Unis) ce qui a permis au club de passer de 80 000 maillots vendus par saison en 2011 à 1 000 000 de maillots en 2021 et 2022, selon l’AFP. 

  • Le PSG est devenu une marque attractive et pluridisciplinaire : Le succès du PSG a non seulement dépassé les frontières françaises mais aussi et surtout les frontières du football comme l’en atteste la collaboration entre le PSG et la filiale de Nike, Jordan Brand, lancée en 2018. Autre exemple, la collaboration entre le PSG et DIOR depuis 2021. C’est la première fois que cette maison de couture de luxe s’associe avec un club de football. Cela montre bien la grandeur marketing que le PSG a réussi à développer depuis 2011.  

Mais alors pour véritablement concrétiser le projet qatari et faire rentrer définitivement le PSG dans une nouvelle dimension et faire de ce club un mastodonte européen à l’instar des Real Madrid, Barcelone, Manchester United, Liverpool ou encore le Bayern Munich, il ne reste à QSI qu’une seule chose à faire… devenir propriétaire de son propre stade.

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