Le 19 janvier dernier, Víctor Font, régulièrement présenté comme futur candidat à la présidence du FC Barcelone et opposant à son actuel président Joan Laporta, déclarait que « le Barça est le club le plus endetté de l’histoire du football »[1]. Ces propos s’appuyaient notamment sur un article du New York Times[2] selon lequel la dette du FC Barcelone s’élèverait à 2,5 milliards d’euros, se décomposant comme suit :
- Une dette à long terme de 1,5 milliard d’euros, contractée pour financer la rénovation du Spotify Camp Nou, stade du FC Barcelone dont la capacité d’accueil sera portée à 105.000 places ;
- Des dettes relatives à l’activité ordinaire du club pour un montant de 1 milliard d’euros.
La lecture brute de ces chiffres peut susciter des interrogations quant à l’efficacité du système de contrôle financier institué par la Ligue espagnole (LaLiga).
Par ailleurs, une mise en perspective du niveau d’endettement du Barça avec celui d’autres grands clubs, notamment français, semble nécessaire.
Nous pourrons alors présenter l’organisme de contrôle des clubs français, la Direction Nationale du Contrôle de Gestion (DNCG), et comparer les systèmes de contrôle financier espagnol et français.
Les modalités de contrôle financier des clubs espagnols
En Espagne, LaLiga met en place une « limite de coût de l’équipe sportive » systématique et a priori. Pour la saison 2025/2026, elle est définie comme suit : « Cette limite de coût de l’équipe sportive est le montant maximum que chaque club peut consommer pendant la saison 2025/2026 après le marché d’été, et qui comprend les dépenses pour les joueurs, le premier entraîneur, le deuxième entraîneur et le préparateur physique de la première équipe (…). Cette limite comprend également les dépenses en filiales, carrières et autres sections (…). »[3]
En 2022, Pablo Longoria, président de l’Olympique de Marseille, résumait ainsi l’approche espagnole : « Je viens d’Espagne où le contrôle économique est très poussé. Des clubs comme le FC Barcelone, l’Atlético de Madrid, le Betis ne peuvent inscrire des joueurs car ils dépassent le plafond de la masse salariale »[4]. À cet égard, les difficultés rencontrées par le FC Barcelone lors de la saison 2024/2025, à l’occasion de contentieux relatifs à l’inscription de certains joueurs, dont le milieu offensif Dani Olmo[5], illustrent la rigueur de ce dispositif.
Malgré ce contrôle systématique et a priori, le FC Barcelone a accumulé un niveau de dettes inquiétant les acteurs du football.
Un club français pourrait-il présenter un profil comparable au Barça ?
Sur le rectangle vert, le FC Barcelone a remporté le championnat d’Espagne en 2024/2025. En France, le champion en titre est le Paris Saint-Germain FC (PSG). Ces deux clubs ont, par ailleurs, été performants sur la scène européenne en 2024/2025 puisque le PSG a remporté la Ligue des Champions (C1) quand le FC Barcelone se hissait en demi-finales de cette compétition. Les performances sportives de ces deux clubs étant proches, voyons si leur niveau d’endettement l’est également.
En France, la DNCG, organisme institué par l’article L.132-2 du Code du sport, assure « la publicité d’un rapport annuel et des comptes des clubs » (10° de l’article 11.i de l’annexe à la Convention FFF / LFP valant règlement de la DNCG). Il ressort des derniers comptes publiés à date par la DNCG (relatifs à la saison 2023/2024) que le niveau d’endettement du PSG s’élève, au 30 juin 2024, à 1,05 milliard d’euros[6], comprenant :
- Des dettes financières à hauteur de 115 millions d’euros ;
- Des dettes sur mutations de joueurs à hauteur de 353,5 millions d’euros ;
- Des « autres dettes » à hauteur de 582 millions d’euros.
Selon les données susvisées, les montants des dettes des clubs parisien (1,05 milliard d’euros) et barcelonais (1 milliard d’euros de dettes liées à l’activité ordinaire) sont proches, si l’on exclut les dettes liées à la rénovation du stade du Barça.
Bien entendu, une telle comparaison ponctuelle ne saurait suffire à tirer des conclusions générales sans analyse portant sur plusieurs exercices et sur un échantillon plus large de clubs. Cette comparaison chiffrée met néanmoins en lumière un élément central : la perception du risque financier semble différer sensiblement selon le modèle de détention des clubs.
L’actionnaire majoritaire du PSG est Qatar Sports Investment (filiale du fonds d’investissement souverain du Qatar), tandis que le FC Barcelone est détenu par ses socios (à savoir, des supporters possédant des parts du club). Au-delà du montant brut de la dette, la capacité supposée de l’actionnaire à soutenir financièrement le club apparaît déterminante dans l’appréciation portée par les acteurs du football professionnel.
Le contrôle financier des clubs français par la DNCG
En France, le 1° de l’article L.132-2 du Code du sport prévoit que la DNCG a pour mission « d’assurer le contrôle administratif, juridique et financier des associations et sociétés sportives qui sont membres de la fédération ou de la ligue professionnelle ou sollicitent l’adhésion à la fédération ou à la ligue ».
C’est ainsi que la Commission de Contrôle des Clubs Professionnels (CCCP) de la DNCG contrôle régulièrement les comptes des clubs de football professionnels à l’occasion d’auditions, et prononce, le cas échéant, des mesures parmi celles prévues à l’article 11.i du règlement de la DNCG. Peuvent par exemple être prononcés un « recrutement contrôlé dans le cadre d’un budget prévisionnel ou d’une masse salariale prévisionnelle limitée (les contrats et avenants sont soumis avant homologation à une décision de la DNCG) » ou une « rétrogradation ».
Les auditions des clubs ont lieu, en général à deux reprises, en mai/juin (avant chaque début de nouvelle saison sportive) et en novembre/décembre (en cours de saison). À ces occasions, la DNCG cherche notamment à s’assurer de la continuité d’exploitation des clubs durant la saison.
La comparaison des modèles de contrôle financier français et espagnol
Bien que différents, les systèmes français[7] (à travers un contrôle et, le cas échéant, des mesures prononcées par la DNCG) et espagnol (limite systématique du coût de l’équipe sportive par LaLiga) permettent un contrôle financier de leurs clubs de football professionnels.
Toutefois, des deux côtés des Pyrénées, il apparaît que les instances de contrôle sont surtout en mesure de contenir certaines charges opérationnelles, en particulier la masse salariale, mais disposent de leviers plus limités face à l’endettement structurel lié aux infrastructures.
Enfin, au-delà de ces mécanismes nationaux, rappelons l’existence du règlement de l’UEFA (Union of European Football Associations) sur l’octroi de licence aux clubs et la viabilité financière[8] (que le PSG et le Barça doivent également respecter).
Dans ce contexte, le FC Barcelone se trouve confronté à une équation complexe : se conformer aux règles financières instituées par LaLiga et par l’UEFA, préserver son modèle de détention historique fondé sur les socios et faire face à son endettement, tout cela en maintenant un haut niveau de compétitivité sportive.
[1]https://as.com/futbol/champions/font-alerta-el-barca-es-el-club-mas-endeudado-en-la-historia-del-futbol-f202601-n/
[2]https://www.nytimes.com/2026/01/02/world/europe/barcelona-debt-soccer.html#
[3]https://www.laliga.com/es-GB/transparencia/gestion-economica/limite-coste-plantilla
[4]https://www.lequipe.fr/Football/Actualites/Pablo-longoria-espere-un-nouvel-entraineur-a-l-om-des-lundi/1341452
[5]https://www.bbc.com/sport/football/articles/c0m9z3171plo
[6]Comptes individuels des clubs saison 2023/2024 publiés par la DNCG
[7]Précisons, en outre, l’existence d’un ratio de masse salariale et d’un ratio de fonds propres, tels que détaillés à l’annexe 3 du Règlement de la DNCG
[8]https://documents.uefa.com/r/Reglement-de-l-UEFA-sur-l-octroi-de-licence-aux-clubs-et-la-viabilite-financiere-2025/I-Dispositions-generales-Online