Transfert de Mason Greenwood : Getafe peut-il vendre sa part des droits du joueur ?

Brillant sur le terrain, Mason Greenwood, ailier anglais de l’Olympique de Marseille, est aussi au cœur d’un montage économique complexe. La raison ? Les droits économiques du joueur sont répartis entre l’Olympique de Marseille, le Getafe CF et le Manchester United. La volonté du club espagnol de procéder à la mise sur le marché de sa quote-part contribue à transformer cette opération en un véritable casse-tête juridique.

Quelle est la distinction juridique entre les droits sportifs et les droits économiques attachés à un joueur ?

Les droits sportifs sont les droits que possède un club d’enregistrer un joueur auprès de la ligue dont son championnat dépend. Ces droits, qui découlent de la détention d’une licence par un joueur lié avec un club, ne sont pas divisibles, puisqu’un joueur ne peut être affecté qu’à une seule équipe au même moment.  

Les droits économiques, selon la règlementation de la FIFA, sont les droits que possède le club de toucher une indemnité sur le futur transfert. 

Par quels mécanismes juridiques plusieurs clubs peuvent-ils être titulaires de droits sur un même joueur ?

L’opération de transfert d’un joueur de football professionnel se présente sous la forme d’une figure contractuelle triangulaire impliquant le club « vendeur », le joueur lui-même et le club « acquéreur ».

Selon un arrêt de la cour d’appel de Douai du 16 septembre 2010 :

 « L’un des deux clubs est lié au joueur par un contrat de travail et ce lien est appelé, dans l’opération, à cesser ; le second de ces clubs a, au contraire, vocation à conclure un contrat de travail avec le joueur et donc nouer un nouveau lien avec ce dernier ; enfin les deux clubs doivent convenir entre eux des modalités financières du transfert »

C’est dans le cadre de cette dernière relation contractuelle, que les clubs peuvent prévoir une clause d’intéressement offrant au club « vendeur » l’attribution des droits sur le produit de la « revente future » du joueur à un autre club. Cette participation prend la forme, soit d’un pourcentage du montant du transfert ultérieur du joueur, soit d’une quote-part de la plus-value réalisée par le club « acquéreur » lors de la vente du joueur. 

Quel est l’intérêt pour un club comme Getafe de mettre en vente ses droits économiques sur le joueur ?

Le club de Getafe, actuel 16ème du Championnat espagnol de football, dispose de difficultés financières depuis plusieurs années, ce dernier accumulant les pertes. 

En début de saison, le nombre de joueurs inscrits avait déjà été limités par la Liga. 

En novembre 2025, la presse sportive faisait état d’une offre de rachat de l’État qatari. Cependant, depuis, l’offre ne semble pas s’être concrétisée.  

Dès lors, il semble que le club espagnol a besoin d’argent frais afin de rentrer dans les clous de la rigueur financière demandée par la Liga. 

Lors de son transfert à Manchester United, le club de Getafe a obtenu une clause de revente future (« sell-on clause » en anglais) lors des futurs transferts de Mason Greenwood. 

C’est un moyen très utilisé dans la pratique contractuelle du football afin d’obtenir un joueur à moindre coût. 

Pour le Getafe CF, l’intérêt de revendre le bénéfice de cette clause est de faire rentrer de l’argent frais. Pour le nouvel acquéreur, l’opération est loin d’être négligeable : il disposerait ainsi de la faculté de réaliser une plus-value, dans l’hypothèse d’un transfert ultérieur du joueur à un montant plus élevé.

Le joueur disposant désormais d’une bonne cote sur le marché des transferts, c’est un investissement qui est particulièrement attractif et lucratif. 

Qui peut racheter ce pourcentage ?

La qualité de l’acheteur est encadrée par le Règlement du Statut et du Transfert du Joueur de la FIFA, notamment à l’article 18ter relatif à la propriété des droits économiques des joueurs par des tiers qui dispose que : 

« 1. Aucun club ou joueur ne peut signer d’accord avec un tiers permettant à celui-ci de pouvoir prétendre, en partie ou en intégralité, à une indemnité payable en relation avec le futur transfert d’un joueur d’un club vers un autre club, ou de se voir attribuer tout droit en relation avec un transfert ou une indemnité de transfert futur(e). »

Cet article, adopté le 1er mai 2015, vise à lutter contre l’influence de tiers qui détenaient des droits économiques sur les joueurs. Ce nouveau texte a fait l’objet d’une vague de contestations de la part des ligues de football professionnel espagnole et portugaise, fermement opposées à son adoption. Celles-ci entendaient porter l’affaire devant la Commission européenne, en raison de sa contrariété alléguée avec les dispositions relatives au droit de la concurrence, prévues aux articles 101 et 102 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne. 

Cette réglementation, soutenue par l’UEFA et la FIFPro, organisation internationale représentative des footballeurs professionnels, a pour objet de lutter contre les pratiques opaques de fonds d’investissement détenant les droits économiques de plusieurs joueurs évoluant au sein de clubs distincts engagés dans une même compétition, et de préserver l’intégrité des compétitions

Désormais, seul un autre club est autorisé à disposer d’une indemnité sur le transfert futur d’un joueur. 

Dans le cas de Getafe, ce dernier peut donc revendre la créance qu’il dispose sur l’Olympique de Marseille à un autre club, du même championnat ou d’un autre championnat. 

Économiquement, cela change t’il quelque chose pour l’OM ? 

L’Olympique Marseille peut librement négocier avec les clubs qui souhaitent recruter le joueur anglais. 

Toutefois, sur un plan économique, le club Marseillais sait qu’elle verra sa future indemnité de transfert amputée de 20 %. 

Si elle a concédé un tel avantage, c’est que cela lui a permis d’obtenir Greenwood à moindre coût, coût qu’elle rétrocède finalement au moment du futur transfert.  Et d’ailleurs, rien n’empêche l’Olympique de Marseille de racheter cette créance afin d’empocher 100 % du montant de l’indemnité de transfert. 

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