Interview Julien Pierre (Fair Play For Planet)

par | 14, Mai, 2021

Julien Pierre est un ancien rugbyman professionnel de 17 ans d’expérience, ayant joué au Stade Rochelais, au CS Bourgoin-Jallieu, à l’ASM Clermont Auvergne et à la Section Paloise. Il a arrêté sa carrière en mai 2018. Ancien international français, il compte 27 sélections en équipe nationale. Champion de France et vainqueur du Tournoi des 6 Nations en 2010, il a également été finaliste de la Coupe du monde de Rugby 2011 en Nouvelle-Zélande. L’ancien international est un fervent acteur de la transition énergétique, il est notamment fondateur et président de « La Passerelle Conservation », fondation qui protège les espèces menacées, et a créé fin 2020 le label Fair Play For Planet. Suite à notre récent article sur la transition écologique dans le monde du sport, nous avons souhaité l’interroger sur son implication remarquable pour un sport plus « vert ».

« Le label Fair Play For Planet est un outil qui manquait aux acteurs du sport »

Julien pierre

Julien Pierre, de nombreux sportifs orientent leur après-carrière vers la direction d’un club, le métier d’agent sportif ou de consultant. Après votre carrière professionnelle de rugbyman, vous optez pour la création du label Fair Play For Planet, comment expliquer ce choix ? 

J’avais envie de travailler dans un domaine qui m’intéressait et surtout qui était utile. En ce sens, j’ai toujours été engagé pour la protection de l’environnement et suis notamment Président fondateur de la Fondation « La Passerelle Conservation ». J’ai toujours été persuadé que le sport était un formidable levier pour la transition écologique et qu’il pouvait toucher et sensibiliser un grand nombre de personnes. Pourquoi véritablement ce label ? Je suis convaincu que le sport a cette puissance nécessaire pour faire avancer les choses, néanmoins il a besoin de se structurer et de parfaire sa communication. C’est ce que nous essayons de proposer avec le label Fair Play For Planet. Enfin, je dirais que je suis quelqu’un d’entreprenant et que j’aime faire par moi-même. 

Pouvez-vous nous présenter le label et son fonctionnement ? 

Le label dispose d’un référentiel de 300 questions et est divisé en 18 thèmes tels que le transport, l’énergie, la gestion des déchets, l’alimentation, d’ailleurs l’identification des caractéristiques environnementales de celui-ci a été réalisé en coopération avec l’ADEME (l’Agence de la transition écologique). Les réponses apportées par les clubs (ou organisations sportives) au référentiel nous permettent de faire un diagnostic. Ensuite, on va sur place avec des auditeurs durant 1 à 2 journées selon le nombre d’auditeurs présents et la taille du club. On vérifie à ce moment-là, la cohérence des réponses avec la réalité.  Notre objectif est de comprendre l’environnement du club, constater par exemple si les bureaux sont séparés des terrains. Et plus globalement, rencontrer les dirigeants, les collectivités (en raison du fonctionnement des stades notamment : partenariat public-privé, bail emphytéotique administratif, convention d’occupation du domaine public, etc), en bref, les parties prenantes. Puis, on rédige un rapport avec une notation et des axes pour atteindre le niveau supérieur. Enfin, on communique sur la labellisation de ce club.  

Votre label dispose de trois degrés de certification, FPFP* Certifié Player, FPFP** Certifié Engaged et FPFP*** Certifié Confirmed. Le candidat idéal existe-t-il aujourd’hui ? 

Aujourd’hui, deux clubs labellisés ont une 1 étoile (TVCE 85 Les Sables d’Olonne et la Section Paloise Béarn Pyrénées Rugby). L’Olympique lyonnais, dont nous annoncerons sa certification dans quelques jours, est en cours de labellisation, et nous commençons ce processus avec de nombreux clubs tels que le CA Brive et l’Olympique Marcquois Rugby.

Il y a du boulot, la première étoile n’est pas donnée, ce n’est pas parce qu’on est rentré dans le processus qu’on bénéficie automatiquement de la première étoile, évidemment et heureusement d’ailleurs. Il y a des actions à mettre en place. 

Quelles actions permettent d’envisager une certification supérieure ? 

Il s’agit d’un ensemble d’actions à mettre en place et non d’une particulière. Cela comprend notamment la gestion des déchets : améliorer le tri sélectif, diminuer le nombre de déchets par match ; l’alimentation : proposer une nourriture beaucoup plus durable et responsable, utiliser des produits saisonniers voire labellisés, travailler avec les producteurs locaux, proposer une offre végétarienne. 

Deux mois après le lancement de Fair Play For Planet, l’Olympique Lyonnais s’engage dans votre processus de labellisation, quel a été votre premier contact avec Jean-Michel Aulas ? 

Pour le moment, j’ai surtout échangé avec la directrice RSE, Maelle Trarieux. Très vite, l’Olympique Lyonnais s’est manifesté et a cru en notre projet en souhaitant faire partie de l’aventure Fair Play For Planet.  J’ai pu restituer le rapport à la direction du club dernièrement et il y a une réelle volonté de la part des dirigeants de s’engager sur les sujets environnementaux. C’est encourageant. 

La création d’un label environnemental appliqué au sport est-il difficile à mettre en place ? 

En septembre 2018, j’ai repris mes études à la Toulouse Business School, le mémoire de mon master portait sur la création d’un label vert pour les clubs et les organisations sportives. En parallèle, j’ai travaillé avec des étudiants qui ont réalisé un benchmark mondial sur ce qui se faisait en termes d’éco-responsabilité dans le sport.

L’éco-responsabilité dans le sport est en développement, néanmoins, j’ai pu constater qu’il existait peu d’outils fonctionnels, souvent trop complexes ou pas adaptés à la spécificité sportive.

Le monde du sport, je le connais parfaitement en tant que sportif et dirigeant. J’ai conscience de la première problématique du sport, les clubs ont d’abord pour objectif de gagner le match le plus important de l’année, c’est-à-dire le match qui arrive la semaine prochaine ! Quand on a dit ça, on a déjà résolu pas mal de problèmes et on prend conscience des priorités pour les clubs. Après, intervient le budget, la vision long terme, les joueurs, la formation, puis, l’éco-responsabilité. Il faut bien comprendre qu’un club est avant tout une entreprise qui souhaite obtenir en premier lieu les meilleurs résultats sportifs possibles.

Concernant la création du label, je dirais que c’est une question de conviction. Après, il faut savoir bien s’entourer. Quand l’Olympique Lyonnais nous contacte, c’est gratifiant mais il faut faire attention à ce qu’on fait. C’est une belle affiche et le début d’une belle aventure, on ne veut pas se griller, c’est pourquoi on prend le temps de bien construire les choses. Le fait de travailler avec l’Olympique Lyonnais me confirme l’idée que je pense depuis le début : c’est un outil qui manquait aux acteurs du sport, et au vu du nombre de clubs, ligues, organisations et évènements sportifs avec qui nous discutons actuellement, oui ce besoin existait. 

Existe-t-il dans le sport français un axe majeur à améliorer ? 

Ce n’est pas qu’une caractéristique française mais il existe une réelle problématique relative aux infrastructures vieillissantes, la moyenne en France est d’environ 50 ans. Néanmoins, la réhabilitation de ces dernières ne dépend pas que des clubs mais aussi des collectivités. On constate donc que ces vieux bâtiments, très peu rénovés et très énergivores, ne répondent pas aux nouvelles normes environnementales.

Ceci reste une moyenne, certains clubs disposent de plus de moyens financiers leur permettant d’améliorer leur consommation et cela dépend également de l’appétence des dirigeants, actionnaires et partenaires à la problématique du réchauffement climatique. 

Parfois, j’ai l’impression que les clubs s’engagent essentiellement pour valoriser leur image, qu’en pensez-vous ? 

Chacun trouve sa motivation personnelle, je pense que premièrement c’est la conviction personnelle. Après, il est vrai que les demandes des collectivités et des partenaires qui ont envie de communiquer à travers l’engagement écologique du club influencent aussi notablement ce virage écologique. 

Aujourd’hui, participer au développement durable est aussi un levier économique puisqu’un club pourra bénéficier de subventions supplémentaires ou bien discuter avec de nouveaux partenaires qu’il n’aurait pu atteindre en l’absence de sa certification « vert ». Le label a donc été créé dans cette optique, la notation donnée aux clubs permet d’objectiver l’engagement de ce dernier en faveur du développement durable et donc de dire si oui ou non un club est réellement acteur de la transition énergétique. Un club qui a obtenu une étoile ou plusieurs n’a pas envie par la suite de se voir rétrograder. 

On est tout jeune mais on veut amener cette expérience là à travers les clubs, ligues (officialisation du partenariat avec la Ligue Nationale de Rugby) et évènements sportifs avec qui nous travaillons et serons amenés à travailler. 

Comment pourrions-nous éduquer les acteurs du sport au développement durable ?

Aujourd’hui, je crois qu’énormément de personnes sont sensibles à la cause environnementale, beaucoup ont envie de s’engager, et cela s’est accentué avec la pandémie. Comment sensibiliser ? Je crois que notre action a aussi cette ambition d’éducation. Une chose est certaine, demain un club qui s’engage dans une démarche environnementale va communiquer dessus, il ne faut pas se le cacher, la communication est un outil puissant. De plus, s’engager en faveur de l’environnement c’est aussi un levier économique, de la visibilité pour les nouveaux partenaires, bénéficier de la réduction éco-responsabilité et une baisse des dépenses car on fait attention à ce que l’on consomme et comment. 

Que pensez-vous de l’attribution de la Coupe du monde 2022 de football au Qatar ? 

D’un point de vue écologique, oui bien-sûr que l’attribution de la Coupe du monde est une aberration en raison des stades climatisés et autres, et je ne parle même pas des questions relatives aux Droits de l’Homme. Mais ce n’est pas la seule ! Quand on multiplie le nombre de participants dans toutes les compétitions internationales, cela augmente également le nombre de déplacements des supporters et en conséquence, il y a plus d’émissions de gaz à effet de serre. 

En tant que sportif, ce qui fait rêver les mecs, le territoire, c’est le derby ! Bien-sûr qu’on veut voir des Paris-Saint-Germain vs Manchester-City, mais peut-être que si ce match se produit tous les 2-3 ans, il serait d’autant plus exceptionnel. Si cette opposition devient banale, demain on se lassera et on s’orientera vers des PSG vs New-York, augmentant cette bulle qui va nous “exploser à la gueule”.

En période de crise sanitaire, comment réussissez-vous à promouvoir votre activité ? 

C’est assez compliqué, on essaye de travailler encore plus. Mais c’est surtout une épreuve difficile pour les clubs, surtout les petits clubs, la vie des villages à travers ces clubs est en train de mourir petit à petit, on perd des joueurs, des bénévoles, des clubs… Le seul point positif serait de dire que les clubs ont eu le temps pour réfléchir à la question environnementale et de travailler leur communication. 

Quel est votre meilleur souvenir en tant que CEO de Fair Play For Planet et acteur engagé ? 

Mon meilleur souvenir en tant que CEO… on va travailler encore et encore pour qu’il arrive ! En tant qu’acteur engagé, réussir à faire ce qu’on a fait avec ma fondation ou avec le label. J’ai encore d’autres projets écologiques en tête qu’on va mener afin d’aller encore plus loin et de faire bouger les choses. 

Depuis l’interview, la Ligue Nationale du Rugby (LNR) a annoncé, le 5 mai dernier, son partenariat avec le label.

http://www.fairplayforplanet.org/images_site/pj/2354-fpfp-cp-lnr.pdf

Crédit photo : Sport24 LeFigaro

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