Interview de Sylvain Caliman (Stadium Manager de la Section Paloise)

par | 21, Avr, 2022

Riche de nombreuses saisons de TOP 14 en tant que Stadium Manager de la Section Paloise, Sylvain Caliman nous a fait l’honneur de répondre avec précision à nos questions. Au centre de thématiques éclectiques, il nous décrit les enjeux et les missions d’une profession dont le développement a été particulièrement fort ces dernières années. Nous remercions Sylvain pour cet entretien éclairant.

Bonjour Monsieur. Pouvez-vous présenter, dans un premier temps, votre parcours à nos lecteurs ? 

Bonjour, je suis Sylvain Caliman, titulaire du Master IMOS (Ingénierie et Management des Organisations Sportives) de Toulouse. J’ai eu la chance, pendant mon Master, de réaliser deux stages en Italie à l’Association des Centres Sportifs Italiens (Fédération Multisport dont les thématiques sont axées notamment sur l’événementiel et l’organisation de compétitions). J’ai également travaillé au Toulouse Olympique XIII (club de rugby à XIII).

Suite à l’obtention de mon Master, je suis parti un an en Nouvelle-Zélande et à mon retour en France, j’ai été embauché en tant que responsable administratif au club d’Auch qui évoluait en National 1 Elite (l’ancêtre du championnat national actuel). Cette expérience a duré un peu moins d’un an car le club a connu des difficultés financières qui ont mené à sa dissolution. 

J’ai finalement été recruté par la Section Paloise en tant qu’Assistant Stadium Manager, et cela fait désormais 4 ans que j’occupe ce poste.

En parallèle, je suis également membre de la Commission Stade de la Ligue Nationale de Rugby (LNR) et membre d’un groupe de travail pour l’ESSMA, l’Agence Européenne des Stadium Managers.

Les missions d’un Stadium Manager varient selon les clubs et les infrastructures, quelles sont les vôtres à la Section Paloise ? Qui sont vos principaux interlocuteurs ?

En ce qui me concerne, je suis responsable de toute la partie entretien, maintenance et développement des infrastructures du club. Cela part du suivi de mes équipes de maintenance jusqu’à la conception d’un nouveau centre d’entraînement et de la quatrième et dernière tribune du Stade du Hameau. Ce volet infrastructure est large. 

Il y a aussi la partie organisation et gestion de l’événementiel tant en jour de match qu’en-dehors. Il y a les spécificités de la coordination générale mais aussi la question de la sécurité. Au delà des jours des matchs, la sécurité est traitée avec les démarches QSE (Qualité, Sécurité et Environnement).

À cela s’ajoutent des spécificités propres à mon poste, notamment la RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises), un domaine qui est désormais sorti de mon périmètre de travail car nous avons recruté une personne spécialisée dans ce secteur au sein du club. Mais la RSE reste un domaine qui me passionne et toujours intéressant à développer car il a un impact direct sur le stade.

Enfin, il y a un volet institutionnel avec les relations que j’entretiens avec l’agglomération, la préfecture et les enceintes sportives. 

En interne, je travaille beaucoup avec mon assistant, mon alternant sur la partie “QSE”, la responsable des hospitalités grand public, les agents de terrain pour la maintenance et l’entretien, et bien sûr avec la direction (directeur délégué et directeur général du club). 

Les infrastructures appartiennent-elles au club ? Quelles entités financent les frais de travaux et rénovations des infrastructures de la Section Paloise? 

Le Stade du Hameau appartient à l’agglomération de Pau qui a financé les travaux de construction du stade et qui assure une grande partie de l’entretien et de la maintenance. 

Nous, en tant que “locataire” du stade, nous avons une convention d’exploitation du domaine public, nous permettant d’utiliser le stade. Nous y investissons ainsi de l’argent pour l’entretenir et le développer. Les derniers espaces créés dans le stade ont été financés par le club, notamment le Salon 1902 et la boutique du stade. 

Pour le centre d’entraînement, nous avons contracté un bail emphytéotique avec la ville de Pau, c’est-à-dire que juridiquement, il nous appartient pour une durée déterminée. 

Le jour de match est-il LE “D Day” pour un Stadium Manager ? 

Le match est forcément l’aboutissement de notre travail, nous faisons aussi ce métier pour les performances de l’équipe sur le terrain et pour le plaisir procuré aux supporters qui viennent les voir jouer, ou qui les regardent à la télévision. 

Comment jugez-vous si un match s’est correctement déroulé ? Il y a-t-il des indicateurs qui vous permettent d’évaluer cela le jour de match ? 

Il y a beaucoup d’indicateurs mais il y a toujours des petites améliorations à apporter. Ce qui est sûr, c’est qu’il faut d’abord regarder ce qu’il se passe sur le terrain. Si la rencontre s’est déroulée sans encombre, qu’il n’y a pas eu d’incident particulier, qu’aucun joueur ne se retrouve blessé à cause des infrastructures, alors c’est un premier enseignement sur la partie sportive. 

Par ailleurs, si le diffuseur télévisuel a pu diffuser le match sans difficulté, si la presse était dans les meilleures conditions possibles, si les partenaires dans les espaces VIP ont été bien reçus, ou encore si le grand public est entré dans le stade sans encombre, alors ces différents facteurs mis bout à bout permettent de dire que le match s’est bien déroulé.   

Le métier de Stadium Manager semble relativement récent, qu’existait-il avant la « création » de ce poste ?

Pour être tout à fait honnête, je ne connaissais pas ce métier au moment de mes études. C’est un métier qui a été vulgarisé il y a 10-15 ans. 

Avant, le métier existait déjà car il y avait des référents stade qui pilotaient la vie du stade, mais je pense que c’est quelque chose qui s’est développé en même temps que la professionnalisation des clubs et notamment depuis que certains clubs sont désormais propriétaires de leurs stades. 

Le rôle de stadium manager s’est construit à la fois autour des enjeux de sécurité, d’organisation générale et de la gestion des enceintes du club.

La pratique du naming n’est pas utilisée pour le stade du Hameau. Par comparaison avec nos homologues européens, cette méthode peine à se répandre en France. Pourtant, il représente une source de financement importante pour les clubs, en particulier pendant la période de crise sanitaire qui fragilise les clubs. Selon vous, comment expliquer ce constat ? 

C’est difficile à expliquer, mais ce qui est sûr c’est que le naming est un produit difficile à quantifier. Le valoriser n’est pas un exercice facile et tous les clubs ne souhaitent pas s’y lancer ou ne le peuvent pas tout simplement.

Il y a aussi des démarches de pur protectionnisme : les collectivités sont attachées au nom historique de leur enceinte et ne veulent pas l’associer au nom d’une marque. On peut le comprendre. Je pense que c’est la difficulté majeure en termes de naming en France : quand le club n’est pas propriétaire de son stade, les négociations avec la collectivité peuvent être compliquées. 

En tant que Stadium Manager, avez-vous à traiter des problématiques juridiques ? 

Oui, beaucoup. La Covid-19 nous a beaucoup sollicité sur cet aspect-là : toutes les lois et décrets ont un impact sur le quotidien du Stadium Manager. Une fois les textes édictés, ils sont « vulgarisés », et heureusement pour nous car nous n’avons généralement pas de formation juridique ou très peu.

Mais le juridique est un véritable besoin. Dans mon quotidien, les réglementations sur les ERP (Établissement Recevant du Public) sont des textes particulièrement compliqués mais indispensables à maîtriser pour nous à ce poste. 

Aujourd’hui, le poste de juriste dans un club professionnel est l’un des postes qui est voué à le plus se développer car les clubs ont de plus en plus conscience des enjeux et de l’importance d’avoir ce type de ressource en interne. 

Cela me paraît essentiel car une erreur arrive vite et peut coûter très cher. Dans mon quotidien, avoir une personne qui est capable de me dire que ce que je vais annoncer a un impact sur le code du travail ou le code du sport, est à mon sens très utile. 

En 2020, les matchs se sont déroulés sans spectateurs pendant de nombreuses semaines du fait de la pandémie de Covid-19. Quel a été l’impact de cette période à huis-clos sur votre travail ? 

Sur mon quotidien, mon travail ne changeait pas tellement car les rencontres se déroulaient tout de même, il fallait les assurer en mettant en place des protocoles qui répondent aux attentes de la Ligue Nationale de Rugby (LNR). 

L’impact était surtout sur tout ce qui était “attractif” : on ne mettait plus en place d’animations ou d’interactions avec les fans car ils n’étaient pas sur place en raison des huis-clos. En fait, nous perdions tout l’aspect adrénaline dans le stade, l’ambiance que l’on recherche tous lorsqu’on travaille dans le monde du sport.  

À part cela, les matchs se poursuivant, le terrain continue de se dégrader impliquant le renouvellement de la maintenance, l’entretien, et réfléchir à l’accueil du public, une fois les mesures le permettant. Ces huis-clos avaient donc des impacts sur l’économie des clubs mais moins sur la teneur de nos jobs à proprement parler.

On constate un effort toujours plus déployé pour l’expérience « jour de match », à l’image du nouveau système lumineux du Stade de France. Quel est le degré d’implication d’un Stadium Manager sur cet aspect expérience jour de match ? 

Cela dépend de l’organisation du club. 

Si l’expérience jour de match est rattachée à l’activité du stadium manager, il sera impliqué. S’il y a un service événementiel, ce qui est le cas à la Section Paloise, un peu moins. 

Par contre, le Stadium Manager est présent en coordinateur général et peut apporter des idées. Le stade en tant qu’infrastructure peut permettre d’être vecteur de nouvelles expériences. C’est ce qu’a fait le Stade de France avec ce système de LED qui est une innovation très intéressante. Il faut considérer nos stades comme des outils de business d’une certaine manière.

La stratégie RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises) occupe une place de plus en plus importante dans la sphère sportive, et le Stadium Manager y joue un rôle important. Pouvez-vous nous expliquez quels sont les leviers d’actions en la matière à la Section Paloise ? 

Il y en a beaucoup, nous avons d’ailleurs été les pionniers de la démarche environnementale.

Je peux notamment citer des petites actions sur des jours de matchs où nous plantions des arbres en fonction du nombre de points marqués lors de la rencontre. 

Il y a eu également beaucoup d’actions de sensibilisation auprès des écoles de l’agglomération : les joueurs ambassadeurs sont allés apprendre les gestes éco-responsables aux jeunes. 

En période de Noël, nous avions des arbres décorés par les enfants avec des objets éco-conçus par eux-mêmes. Ces mêmes sapins ont été replantés sur l’enceinte du stade. 

Par ailleurs, d’autres petites actions comme les gobelets qui sont collectés et lavés à chaque rencontre par des associations qui œuvrent pour la réinsertion des personnes en difficulté.  

Il y a vraiment beaucoup d’actions à notre échelle. Nous trions aussi nos drapeaux, mettons en place un plan de gestion différencié à l’extérieur du stade avec la plantation d’une haie qui va permettre le développement de la faune et la flore. Des ruches vont être installées, tout comme un système d’éco-pâturage sur les espaces verts du stade. 

En définitive, un panel important d’actions en matière de RSE est mis en place. 

Le tout est soutenu par notre nouveau fond de dotation, notre commission interne RSE et l’arrivée depuis deux mois, d’une personne chargée RSE qui va nous assister dans cette démarche. 

Existe-t-il une collaboration entre les différents Stadium Managers de France ? 

Oui, bien sûr. Il y a tout d’abord la Commission Stade de la Ligue Nationale de Rugby, qui rassemble une quinzaine d’acteurs qu’ils soient Stadium Manager, Directeurs d’Exploitation, Directeurs Généraux de clubs sur les thématiques d’exploitation des stades. Nous nous rencontrons et échangeons sur les problématiques et politiques communes. 

En parallèle de cela, la LNR organise régulièrement des rencontres, des séminaires, des “stadium tours” qui permettent aux Stadium Managers de se rencontrer.

Forcément, des liens se tissent, et parfois nous communiquons via WhatsApp. Des Stadium Managers viennent voir les matchs dans les stades des autres. C’est un petit monde, à l’image du microcosme du sport.

Depuis février 2021, vous êtes membre de l’ESSMA (agence européenne des stadium managers). En quoi cette agence consiste-t-elle ? 

Au même titre que la Commission Stade de la LNR, c’est une agence qui rassemble plusieurs clubs sportifs, mais qui est très orientée sur le football. Il faut adhérer pour participer à ce grand rassemblement, organisant tous les ans : des congrès et séminaires un peu partout en Europe. Des thématiques d’exploitation, de sécurité, de stade expérience, ou encore d’innovation etc, y sont traitées.

Faire partie de l’ESSMA permet de faire partie de ce grand réseau, d’échanger et d’avoir accès à des bases de données. L’agence opère beaucoup de recherches, compile les informations et nous les mets à disposition. C’est une grande ressource au niveau européen. 

À titre personnel, outre le stade du Hameau, quel est selon vous le stade le plus impressionnant de France et de l’étranger ?

En France, ce n’est pas très original mais le Stade de France a quand même quelque chose. Le Parc des Princes est aussi assez unique et magnifique.

Au niveau européen, mon top 3 serait San Mames à Bilbao. Je trouve qu’il est très bien situé, au cœur de la ville, et on ressent une identité très marquée. C’est vraiment un superbe stade. 

Ensuite, j’ajouterai le Juventus Stadium qui est un stade très fonctionnel, bien pensé, au cœur d’un périmètre que s’est créé la Juventus avec leur centre d’entraînement, le pôle médical, leur hôtel… Je trouve ce grand village de la Juventus assez dingue. 

Enfin, l’Aviva Stadium à Dublin parce que c’est un stade architecturalement très réussi. 

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