Interview de Steve Guillou (fondateur d’Arkose)

par | 18, Mai, 2023


Échange Jurisportiva avec Steve Guillou (2ème en partant de la gauche), l’un des jeunes fondateurs d’Arkose. Développement de la pratique de l’escalade en France et à l’étranger, impact souhaité des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024 sur la discipline, prise en compte de l’environnement dans leur business model, ou encore collaboration avec les communautés locales sont autant de sujets discutés lors de cet entretien.

Bonjour Monsieur, pourriez-vous d’abord vous présenter ?

Bonjour, je m’appelle Steve Guillou, j’ai 35 ans. Je suis le papa de deux petites filles. Je suis ingénieur de formation et diplômé de l’école Polytechnique. J’ai commencé à travailler chez Keneo, une agence dans le sport puis j’ai co-créé et suis devenu le président d’Arkose en 2013. L’aventure Arkose a commencé avec l’ouverture d’une première salle d’escalade à Montreuil (93). Aujourd’hui, Arkose c’est près de 450 salariés et une vingtaine de salles en France et en Belgique, bientôt en Espagne.

Pouvez-vous nous parler de l’histoire de Arkose et de ce qui vous a motivé à créer cette entreprise? Pourquoi s’être lancé dans ce projet avec vos 3 associés ?

Historiquement, on a créé Arkose à deux. Les deux autres nous ont très vite rejoints. 

À titre personnel, j’étais grimpeur et j’ai vite remarqué le manque criant d’infrastructures en Île de France et j’avais envie d’entreprendre avec mon associé et on s’est lancé le défi un peu fou de monter une salle d’escalade. Nous voulions que la salle soit un lieu de vie, avec un restaurant et un bar dans la salle.

Pourquoi ce nom, Arkose?

Arkose, c’est un type de roche. C’était pour se démarquer des autres enseignes.

On observe une tendance actuelle assez forte (du côté consommateur) pour l’escalade ? Avez-vous ce même ressenti et observez-vous une croissance intéressante pour la discipline de l’escalade post Covid19?

Alors, je dirais que la dynamique avait commencé avant le Covid19. On a démarré en 2013 avec tout de suite une croissance très importante. En 2019, on avait déjà de grosses fréquentations dans nos établissements. Nous avons été fermés pendant un an mais l’explosion du nombre de grimpeurs n’a pas eu lieu post Covid, elle était déjà en marche.

En revanche, peut-être que le marché parisien a explosé lui, car pré-covid nous étions les seuls salles d’escalades dans Paris intra-muros et post-covid, d’autres acteurs sont arrivés, ce qui a augmenté le nombre de pratiquants. 

C’est une progression assez continue depuis une dizaine d’années en France.

Pensez-vous que les JO vont encore faire progresser le monde de l’escalade en salle?

Malheureusement, on a pas pu voir le résultat avec les Jeux de Tokyo à cause du Covid. Nous pensons que cela donnera davantage envie aux enfants de se lancer dans l’escalade, bien que ce soit déjà un sport très prisé par les jeunes. Lorsqu’on demande aujourd’hui en France, le sport qu’il souhaite pratiquer, l’escalade arrive en quatrième position. Avec la visibilité des JOP de Paris, le nombre de pratiquants devrait encore croître. Le problème va être de répondre à tous ces besoins car nos cours enfants et les clubs sont pleins, tout comme ceux de nos concurrents le sont aussi.

On est déjà sur une dynamique importante de l’escalade en France, elle va encore s’amplifier, il faudra donc voir comment gérer tout cela du point de vue pratique.

Comment décririez-vous la philosophie de Arkose en matière d’escalade et de communauté?

On mise sur la qualité de l’escalade, ce qu’on appelle l’ouverture : on renouvelle régulièrement les parcours, les blocs, pour que nos clients ne s’embêtent pas.

On a été les premiers à investir sur ce métier-là, qui était exercé par des métiers indépendants auparavant. On met beaucoup d’énergie pour proposer de la qualité à nos grimpeurs.

Comment choisissez-vous les emplacements de vos salles d’escalade et comment collaborez-vous avec les communautés locales?

Notre positionnement est de rester sur des grandes villes, notamment les vingt plus grandes villes françaises et européennes. D’abord des métropoles pour que nos salles soient accessibles en transport. C’est important pour nous de ne pas avoir besoin de prendre sa voiture pour venir faire de l’escalade en terme d’impact écologique.

Concernant le travail avec les communautés locales, lorsque l’on s’implante dans une nouvelle ville, leur communauté existante de grimpeurs vient visiter la salle. C’est comme ça que ça commence.

Qu’est-ce qui distingue Arkose des autres salles d’escalade et comment cela se traduit-il dans l’expérience offerte aux grimpeurs?

Nous avons nos spécificités en termes de qualité d’ouverture, puis on a une offre complète avec de l’escalade (bloc + voie), restaurant et bar dans toutes nos salles, des boutiques, parfois du yoga ou des cabinets d’ostéopathie. Nous essayons de créer des lieux de vie complets, ce qui n’est pas le cas de tous nos concurrents.

Que répondez-vous à ceux qui comparent escalade indoor et outdoor ? 

Pour nous, ces disciplines sont totalement complémentaires. L’escalade indoor a été inventée par des grimpeurs outdoor qui avaient envie de s’entraîner pour leur projet quand les conditions météorologiques n’étaient pas bonnes. 

Nous avons créé une agence de voyage “Arkose escapade” pour initier nos grimpeurs indoor à l’outdoor. En tant que passionnés, on trouve ça génial de faire découvrir ces deux pratiques qui, encore une fois, sont complémentaires selon nous.

Comment la pandémie de COVID-19 a-t-elle affecté Arkose et comment avez-vous adapté votre entreprise pour faire face à ces défis?

L’impact a été lourd. On a été fermé d’abord 3 mois puis 9 mois. Et les premières réouvertures se sont faites avec des contraintes sanitaires. C’était un peu le mode survie.

On a essayé de trouver des nouvelles sources de financement, d’aller chercher les aides de l’État et également de préparer la réouverture.

Quels sont vos projets d’expansion pour Arkose à l’avenir?

Actuellement, 4 salles sont en travaux. Les deux prochaines ouvrent en mai à Madrid et à Paris. Les deux autres ouvriront dans Paris. On a repris le développement post-covid avec ces quatre projets de salle.

Comment Arkose encourage-t-elle la diversité et l’inclusion dans l’escalade, et quels sont vos objectifs à cet égard?

En toute transparence, l’escalade n’est pas un sport très mixte que cela soit entre homme et femme et socialement. Aujourd’hui, il y a plus d’hommes que de femmes parmi nos pratiquants. On a mis en place des questionnaires afin de comprendre comment nous pourrions développer davantage le volet féminin. C’est un axe de travail.

Les étudiants et CSP+ sont majoritairement représentés parmi nos clients et nous cherchons des pistes pour diversifier notre clientèle, nous travaillons par exemple avec l’association “Sport dans la Ville” pour essayer de faire venir des jeunes de quartiers défavorisés pour qu’ils s’essayent à l’escalade.

Comment Arkose gère-t-elle les risques juridiques associés à l’exploitation de salles d’escalade et quels types de précautions prenez-vous pour protéger votre entreprise et vos clients ?

Tout d’abord, nous nous assurons que nos infrastructures soient aux normes, que cela soit les murs d’escalades, les surfaces de réception, et toutes les normes de bâtiments recevant du public. 

Étant en règle, nous sommes assurés. Il y a très peu de risques. Il arrive qu’il y ait parfois des accidents comme dans tous sports mais la jurisprudence dit que tant que les installations sont aux normes, la salle d’escalade ne sera pas tenue responsable.

Comment votre entreprise utilise-t-elle les médias sociaux pour promouvoir ses activités et comment Arkose mesure-t-elle le succès de ses efforts de marketing et de promotion ?

Même si aujourd’hui, le premier vecteur de clientèle chez Arkose, c’est le bouche à oreille. Nos meilleurs ambassadeurs sont nos clients.

Nous utilisons les réseaux sociaux, avec une belle équipe marketing et communication, une communauté animée et qui s’agrandit de jour en jour.

Enfin, comment Arkose s’assure-t-elle que ses activités sont durables et respectueuses de l’environnement et comment votre entreprise travaille-t-elle pour promouvoir la durabilité dans l’industrie de l’escalade ?

Le point le plus visible à ce niveau-là est la restauration chez Arkose. Nous travaillons avec des producteurs locaux sur des produits, au maximum, bio et de saison. Nos restaurants sont tous labellisés éco-table (label le plus exigeant en termes de responsabilité environnementale de la restauration).

Nos structures d’escalade sont constituées de bois et de métal, on a choisi de travailler avec un fournisseur français qui travaille avec le minimum de métal mais davantage du bois. Le métal étant plus émetteur de CO2. 

Avec Arkose, on contribue également au recyclage des tapis de réception d’escalade. Auparavant les mousses étaient enterrées dans des décharges en Europe de l’Est, aujourd’hui on a mis en place une filière pour le recyclage de matelas/mousses.

On travaille sur un projet de recyclage des chaussons d’escalade car tous ces sujets sont importants et nous avons à coeur de les faire avec le plus d’impact possible et le moins d’impact sur la planète, même si cela coûte en temps et en argent. 

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