Interview de Marc Maloisel (Président du FC Fontenay-le-Fleury)

par | 29, Mai, 2023

Rencontre sur Jurisportiva avec Marc Maloisel (à gauche sur la photo), Président du club de football de Fontenay le Fleury. La considération du football amateur en France, le développement économique et societal d’un club, différents projets environnementaux sociaux menés ou encore gouvernance du sport français sont différents sujets abordés lors de cette interview. Entretien.

Bonjour Marc. Peux-tu te présenter dans un premier temps?

Bonjour Arnaud, merci de m’accueillir sur ton média. Je m’appelle Marc Maloisel, j’approche doucement la trentième bougie et j’entame ma troisième année à la tête du FC Fontenay-le- Fleury dans les Yvelines (78).

Quel est ton parcours académique et professionnel ?

J’ai suivi une formation juridique classique à la faculté de droit de Saint-Quentin en Yvelines (Master 2 en droit économique et des contrats) que j’ai poursuivi avec un Diplôme Universitaire en droit du sport.

Pourrais-tu présenter en quelques lignes le FCFF ? Comment as-tu repris la présidence du FC Fontenay le Fleury ? Une passion pour le ballon rond, mais encore ?

C’est le club de mes premiers pas dans le football. À l’époque fin des années 90, dans un stade, quelque peu vétuste, bordé de champs avec un gazon hauteur chevilles.

Il est aujourd’hui composé de plus de 500 licencié.e.s et ne demande qu’à grandir.

Le FCFF c’est avant tout un club familial, à taille humaine où tout le monde se connaît et où il fait bon vivre. Alors quand on m’a sollicité pour reprendre la présidence, cela faisait sens pour moi, même si je ne savais pas trop où cela allait me mener.

Ton club est de plus en plus dans la lumière des médias, notamment pour les différents projets environnementaux sociaux et sociétaux menés. Peux-tu nous en dire plus ?

L’idée première, c’était et c’est toujours la transmission. Pouvoir donner un cadre par le biais d’une activité physique et sportive. Pour moi, le football ça a toujours été plus que du foot. Ce que je veux dire par là, c’est que si tu t’y mets vraiment ça demande beaucoup de rigueur, beaucoup d’abnégation. C’est ce que l’on essaye d’inculquer au sein de la structure avec nos éducateurs au quotidien. Après attention, je m’entends : rigueur n’est pas synonyme de rigidité, on se doit de rendre tout ce travail ludique. Cela passe par des projets sociaux-créatifs comme la création d’une classe foot dès la 6ème en partenariat avec le collège de la ville mais aussi par le biais d’opérations de « sensibilisation verte » comme avec notre match de l’environnement que nous avons organisé en mars dernier.

La féminisation du club en fait partie ?

C’était même un axe prioritaire en arrivant en 2021 : Créer une section féminine à part entière au sein du club. Aujourd’hui c’est chose faite avec un école de football qui va des U10 aux U18 (dès la saison prochaine).

Cette année 2023 est assez spéciale : une finale régionale au Parc des Princes pour l’Orange Challenge Cup et une finale départementale à venir au Camp des Loges le 10 juin prochain. On vit certes une saison incroyable sur le plan sportif mais ce qui est le plus valorisant c’est la place que ces jeunes filles ont maintenant au sein du club.

Le manque de structure, de moyens … peut parfois rendre la tâche compliquée dans le football amateur. Quelle est la situation au FCFF ? Vois-tu une évolution depuis ton arrivée à la tête du club ?

En reprenant le club, on voulait placer Fontenay-le-Fleury sur la carte de l’île de France. Cela se devait de passer par une stratégie de communication pour mettre en avant les actions effectuées par le club. Deux ans après, je pense qu’on a plutôt bien réussi.

Pour ce qui est du manque de moyens, on ne va pas se mentir, et malgré mon côté un peu candide, l’argent joue un rôle très important dans la structuration d’un club de football amateur aujourd’hui. De nos jours, il faut savoir que des associations versent des primes de match en division départementale 3. C’est-à-dire là où on est arrivé. Malgré cela au FCFF, on parvient, petit à petit, à se structurer, en responsabilisant chacun des membres de l’association (des membres du comité directeur, aux éducateurs en passant par les joueurs). Mon rôle est que chacun se sente concerné en créant un réel ADN fontenaysien.

Quelles sont vos relations avec les collectivités territoriales ?

Initialement, les relations avec notre municipalité n’étaient pas des plus chaleureuses. On se sentait quelque peu stigmatisés (à tort, ou à raison d’ailleurs). Aujourd’hui, je pense pouvoir être en mesure de dire que le curseur s’est inversé, on se sent apprécié, reconnu à notre juste valeur. La ville a pris conscience de l’impact sociétal du club. C’est un lieu qui rassemble et qui est devenu le lieu de rencontre privilégié des jeunes de la ville.

De là à dire que l’on est soutenu financièrement comme cela se devrait, ce n’est clairement pas le cas mais c’est malheureusement le corollaire de la considération du sport dans notre société.

Quel est ton regard sur l’évolution du football amateur en France ces dernières années ? Les bénévoles font-ils partie intégrante de la solution pour raviver le tissu associatif ?

C’est une question pas évidente que tu me poses car d’un côté le modèle associatif français s’essouffle et on ne peut pas contredire cela. L’exemple du bénévolat, qui n’existe quasiment plus pour un club ayant des ambitions (ce que je regrette profondément), parle de lui-même.

De l’autre côté, je pense que le football amateur va dans le bon sens avec des beaux projets qui naissent ces dernières années à différentes échelles et pas que dans le football d’ailleurs. Néanmoins, il est regrettable que le milieu amateur n’avance pas suffisamment uni et que l’esprit compétitif prenne encore trop le pas sur un projet plus global, plus solidaire.

Eric Thomas, président de l’Association française de foot amateur (Affa) a plusieurs fois dénoncé le manque de considération de la FFF pour le football amateur en évoquant le fait qu’après l’éviction de Noel le Graet, tous les autres membres du Comité exécutif de la FFF restent en place est un mauvais signal. Selon lui « le système a la tête dure, il cherche à se maintenir », et c’est pour cela que cette direction « privatise le foot français au bénéfice exclusif du football professionnel et au détriment du foot amateur ». Qu’en penses-tu?

J’essaie toujours de prendre du recul sur ces « passes d’armes » dans les hautes sphères du football français. Vu d’ici, on se sent un peu déconnectés de toutes ces considérations même si on vit également, à nos échelles, ce type de querelles (au niveau régional ou départemental). On « tape » assez facilement sur la FFF parce qu’elle est l’organe suprême dans notre football mais le travail de fond doit commencer dans les districts et les ligues, qui sont encore trop éloignés du quotidien des clubs (et le problème est surtout là).

Après, si on est objectifs, nous présidents, ou personnes engagées dans le mouvement sportif, on se doit de mieux comprendre le fonctionnement de nos institutions afin de pouvoir jouer notre rôle en leur sein. À titre d’exemple, et cela peut sembler assez fou mais nous clubs amateurs, n’avons aucune voix délibératives (propres) pour élire le Président de notre propre Fédération.

La crise sanitaire, sportive et économique qu’a traversée le football doit-elle entraîner un changement dans la façon de le gouverner (fédération, ligues, clubs) ? Quelles réformes mettre en marche selon toi pour le football amateur français?

On se doit de comprendre ces crises en ne les classifiant pas toutes de la même manière. Certaines sont conjoncturelles (celle liée au Covid 19 par exemple) et relèvent d’un caractère exogène que l’on ne pouvait prévoir. D’autres sont plus structurelles et ont longtemps été masquées par des résultats « exceptionnels » ces dernières années de notre équipe masculine. Pour tirer un bilan objectif, l’exemple parfait pour illustrer l’état réel du football français semble être celui du football féminin et de son équipe de France.

Un nouvel élan a été donné ces dernières semaines et j’y crois (c’est mon côté un peu naïf encore une fois sûrement) mais on a pris énormément de retard et le trou à combler est conséquent.

Quels sont les objectifs du club à court, moyen et long terme ? Côtoyer le monde professionnel à Fontenay et suivre l’exemple du FC Versailles est-ce un objectif ?

On est ambitieux mais pas rêveur. Le monde professionnel à Fontenay-le-Fleury c’est pas pour demain et ce n’est clairement pas l’objectif. À moins qu’un mécène, après avoir lu cet interview, se prenne d’amour pour le club mais à date je ne suis pas encore au courant (rires).

Comment le FCFF est-il financé ? Avez-vous noué des partenariats ? Comment se porte le FCFF sur le volet financier, que l’on sait être le nerf de la guerre?

Avec le développement du foot féminin, c’était clairement un autre axe de développement prioritaire. Aujourd’hui, on s’aperçoit, en observant ce que font les clubs de plus haut niveau que le nôtre, que les partenariats privés « ont la côte » voir deviennent vitaux pour la pérennisation des modèles financiers des clubs amateurs, ou semi-professionnels. Les partenariats noués au début portent leur fruit car ils en appellent d’autres. Ils sont un gage de confiance pour ceux qui nous rejoignent aujourd’hui. À ce titre, je serais éternellement reconnaissant de ceux qui nous ont rejoint au tout début de l’aventure quand tout restait à faire.

Et enfin, que peut-on souhaiter au FCFF à l’avenir ?

De ne pas rêver trop grand. Toujours avancer avec les valeurs qui sont les nôtres. Parvenir à pérenniser un club sur le long-terme avec des jeunes fiers de porter les couleurs du club. De notre côté, en tant que dirigeants, continuer d’accompagner éducateurs et joueurs au mieux dans leur développement humain pour qu’ils puissent à leur tour prendre le flambeau et retransmettre ce que l’on a pu faire avec eux.

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