Interview de Jérôme Champagne (ancien diplomate et dirigeant FIFA)

par | 21, Fév, 2022

Ancien diplomate français et dirigeant de la FIFA, Jérôme CHAMPAGNE, discret dans les médias ces derniers temps, nous a fait l’honneur de nous accorder un peu de son temps. Au cours de ce riche entretien, il a accepté de revenir sur son parcours, d’évoquer quelques actualités sportives, avant de nous faire part de son épanouissement total en tant que conseiller du Président Ahmet Schaefer au sein du Clermont Foot 63. L’équipe Jurisportiva tient à le remercier pour sa disponibilité et son témoignage.

Je dis toujours que ma vie a été marquée par deux ballons : la planète et le football

Jérôme Champagne

Bonjour Monsieur, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ainsi que votre parcours ? 

Bonjour. Je m’appelle Jérôme CHAMPAGNE, je suis franco-suisse. Je suis né français, j’ai représenté la France dans son corps diplomatique, et depuis 24 ans je vis en Suisse, pays que j’aime profondément et dont j’ai obtenu la nationalité. 

 Je dis toujours que ma vie a été marquée par deux ballons : la planète et le football.

La planète tout d’abord. J’ai voulu être diplomate, j’ai servi la France dans plusieurs ambassades, en commençant à Oman, puis à La Havane à Cuba. Je suis revenu à Paris à la direction des affaires économiques du Ministère des Affaires Étrangères, puis reparti à l’étranger au consulat général de France à Los Angeles, et enfin à l’ambassade de France à Brasilia.

Le deuxième ballon est bien évidemment le football. Tout a commencé quand j’étais étudiant à Science-Po. J’ai été pigiste à France Football où je m’occupais principalement des pages des championnats étrangers. 

Le football m’a ensuite suivi dans mes postes diplomatiques. A Mascate, on a créé une équipe de football francophone, et à Cuba, où le mercredi s’affrontaient l’équipe des ambassades occidentales et l’équipe de l’ambassade de l’Union-soviétique.

En poste au consulat à Los Angeles, où était également basé le Comité d’organisation de la coupe du monde 1994, on a travaillé avec le Comité Français d’Organisation France 98 (CFO) dont Michel PLATINI était co-président pour promouvoir France 98 lors de USA 94.

Ensuite j’ai travaillé au Brésil et comme à l’époque le champion du monde, le Brésil, était directement qualifié à la Coupe du monde suivante, le président de la FIFA était brésilien, et le ministre des sports au Brésil était le Roi Pelé, j’ai eu la possibilité, en plus de mon travail normal d’analyste politique à l’ambassade, de contribuer à la promotion de France 98.

En 1997 j’ai été détaché par le gouvernement français, comme Conseiller diplomatique et Chef du protocole du CFO. Ce fut un moment juste exceptionnel.

Je suis parti ensuite à la FIFA où j’ai occupé différents postes. Du fait des guerres politiques, j’ai été chassé de la FIFA en janvier 2010. 

J’aurais pu revenir au quai d’Orsay, mais j’ai décidé de rester habiter en Suisse, et je suis devenu consultant à titre individuel, comme ça existe dans d’autres secteurs industriels ou économiques, avec des fédérations (Palestine, Kosovo), avec des clubs (le tout puissant Mazembe), et avec des ligues.

J’ai été l’un des 5 candidats à l’élection présidentielle de la FIFA en février 2016. Désormais, je ne souhaite plus jamais parler de la FIFA.

Puis, j’ai travaillé dans l’organisation de matchs amicaux et de camps d’entraînement.

Enfin en 2017, j’ai été approché par un ami connu à la FIFA, Ahmet Schaefer, Suisse, qui souhaitait racheter un club. Depuis, je suis l’un des deux conseillers du président du Clermont Foot 63, qui est monté pour la première fois de son histoire en Ligue 1, cette saison.

Ma vie a donc toujours été entre les deux ballons, la planète et le football.

Avant d’évoquer votre poste actuel à Clermont, quel était votre rôle de consultant ces dernières années ? 

Aujourd’hui, des ligues, des fédérations, voire des gouvernements, ont besoin de consultants dans le domaine de l’organisation du football. Cela existe dans plein d’autres domaines (industrie, finance, éducation…), notamment en vue des réformes. Dans le football, c’est un peu la même chose, et c’est ce que j’ai fait à partir de 2010, avec plein de contrats absolument passionnants, y compris parfois avec des gouvernements. 

Par exemple, j’ai fait une mission avec mon grand ami, Jimmy ADJOVI-BOCO (ancien joueur mythique du RC Lens), à la demande du Président de la République du Bénin de l’époque. Mon objectif était d’analyser les faiblesses et les forces, pour aboutir à des recommandations sur le football du Bénin, un football très intéressant. Aujourd’hui, dans notre équipe professionnelle au Clermont foot, nous avons 2 joueurs béninois, Cédric HOUNTONDJI, et Jodel DOSSOU.

Faire ces missions me convenait parfaitement, car je restais dans mon activité de prédilection, le football, et à l’intérieur de cela, je m’occupais de tout ce qui concerne les questions d’organisation, de structuration, et de marketing.

Lors de ma mission de consultant pour la Fédération Palestinienne de Football, j’ai oeuvré à la mise en place de leur première ligue professionnelle (Championnat de Cisjordanie de football).

Vous voyez donc que l’organisation du football couvre beaucoup de domaines, résumant l’entièreté de ma vie professionnelle.

Aujourd’hui, vous êtes au Clermont Foot 63. Pourquoi avoir choisi ce projet ? Quelles sont vos principales missions au sein du Clermont-Foot Auvergne ? Quel est votre rôle auprès du président Ahmet SCHAEFER ? 

Ce qui m’a conquis, sur la forme, c’est le mode de structuration du club.

Généralement dans un club de football, surtout dans une ville de province, lorsque vous avez un club qui connaît des difficultés, on demande à un homme d’affaires local qui a réussi dans les affaires, de le reprendre, et cette personne qui a son autre société, nomme un directeur général, un directeur sportif… Bien souvent, des guerres internes se mettent en place, et c’est le fonctionnement du club qui se retrouve en danger. 

Au Clermont Foot, on a une structure totalement différente. L’actionnaire principal est Ahmet SCHAEFFER (Suisse et Turc). Il a souhaité mettre en place un esprit de « start-up » pour le club.  Nous sommes deux conseillers, moi-même, et Yannick FLAVIEN (français, banquier de formation, spécialiste du football et de la partie légale). Nous sommes trois et nous gérons le club ensemble. On n’a pas de Directeur Général, pas de Directeur Sportif. L’administration du club est structurée autour de cinq pôles de compétences : deux sous la responsabilité de Yannick FLAVIEN, et deux sous la mienne. On se partage le cinquième pôle, à savoir l’aspect sportif, étant entendu que l’ensemble des décisions sont prises à trois, avec le Président. 

On a donc un mode de fonctionnement tout à fait atypique. Par exemple, Yannick supervise les pôles « finance administration » ; « marketing & génération des revenus », et moi, je supervise ce qui concerne « l’organisation des matchs, la vie du stade », et le second pôle, « communication / relation publique ».

Le projet sportif, qui est confié au coach, est connu à l’avance, c’est un style de jeu, c’est une volonté de jouer, de garder le ballon. Le Clermont Foot est réputé pour être une équipe qui joue bien au football, et avec une volonté d’enraciner le Club dans sa région.

Il faut rendre hommage à nos prédécesseurs, parce qu’à partir de 2016/2017, ils ont construit un centre de formation qui est partagé avec le rugby. C’est un club novateur, seul club a partagé son centre avec non seulement un autre club, qui plus est de rugby. On investit beaucoup dans la formation, et notamment dans le développement des jeunes en Auvergne, pour développer le football dans ce bassin de population. 

On a une structure à la fois originale, on est le seul club sur 40, à ne pas avoir de Directeur Général, et on a une structure à la fois horizontale et verticale ; c’est-à-dire qu’on pense qu’aujourd’hui le football est tellement complexe, qu’un mode purement vertical (Président, Directeur Général, et une sorte de râteau en bas) c’est plus compliqué. Je ne dis pas qu’on a raison et que les autres ont tort, mais en tout cas, notre mode de fonctionnement est basé sur une cellule où nous sommes trois, une sorte de « Triumvirat », autour de divers pôles de compétences.

Sur le fond, le projet est de faire progresser un club, étape par étape, pas à pas, avec humilité, ambition et travail à moyen terme. Pour le bien de ce club. Pour la joie de ceux qui le suivent. Pour l’image d’une ville, d’une région. C’est très prenant, c’est dur parfois et exaltant souvent, c’est aussi un vrai privilège !

Une question plus sociologique. Comment attire-t-on les supporters dans une région historiquement pro-rugby ?

Personnellement, je ne pense pas que la région soit plus pro-rugby. La région est certes notamment connue par la réussite sportive de l’ASM qui est un grand club, très bien structuré avec un très beau stade Michelin. Mais, il faut savoir que dans le département du Puy-de-Dôme, le nombre de licenciés à la F.F.F. est 4 fois supérieur à celui du nombre de licenciés à la F.F.R.

La réalité de la ville, et on le voit aujourd’hui avec la montée en Ligue 1, c’est que Clermont est à la fois une terre de football et de rugby.

Il y a largement la place dans une métropole de plus de 300 000 habitants pour deux grands clubs. Aujourd’hui en France, il y a seulement 5 villes qui ont leur club de rugby dans le Top 14 et leur club de foot en ligue 1. Paris (1ère ville de France), Lyon (2ème), Bordeaux (4/5ème), Montpellier (9ème), et nous 19/20ème ville de France. Il y a donc largement la place pour les deux sports. 

Après, oui, c’est parfois des sociologies différentes. Le supporter de football n’est pas le même que le supporter de rugby. Le supporter de football représente peut être plus la France telle qu’elle est aujourd’hui, avec beaucoup plus de diversité. Le football est le sport universel numéro 1 sans contestation. 

Même s’il y a la place pour deux, il n’empêche que la montée en Ligue 1 a déclenché un engouement incroyable. La Métropole Clermont Auvergne a construit une nouvelle tribune de 3 000 places, pour monter à 12 500 places dans notre stade Gabriel Montpied, et ce dernier est plein à tous les matchs. On a vendu plus de 8 750 abonnements, et on a dû arrêter pour ne pas tout vendre.

Aujourd’hui, il y a un vrai engouement, le stade est plein, le stade chante, le stade vibre. Le peuple du football auvergnat s’est réveillé, c’est devenu un volcan. 

En avril 2019, le Clermont-Foot 63 a noué un partenariat prometteur avec le JS Kabylie, en ce qu’il promeut l’émancipation équitable des deux clubs. Après plus de deux ans de travaux communs, où en est ce projet unique ? Quelles sont les avancées notables ?

Malheureusement, cette convention n’a pas connu le développement que nos partenaires de la JSK et nous-mêmes souhaitions.

A l’heure actuelle, elle est gelée. Il y a eu des difficultés sécuritaires et politiques en Algérie, une crise économique réelle, et en France le problème du Covid. 

A l’été 2019, on a fait des matchs amicaux entre nos deux clubs, pour les professionnels et les équipes B, mais cette convention n’a pas persisté.

On avait également une convention avec le Tout Puissant Mazembe, prometteuse également, mais qui n’a pas connu le succès souhaité. 

De la même manière, on avait développé des relations assez fortes avec le FK Sarajevo en Bosnie-Herzégovine, qui n’ont pas pu se développer.

Avec Yannick FLAVIEN, nous nous sommes rendus à l’académie d’un grand club vietnamien à Hanoi, la PFA, justement pour développer les relations avec le groupe industriel Vingroup, où il y avait Philippe TROUSSIER (entraîneur et sélectionneur de football). 

Ces conventions ont-elles des chances de reprendre par la suite, quand les crises s’estamperont ? 

Franchement, je ne sais pas. Aujourd’hui, il y a beaucoup d’incertitudes dans le football. Pour vous dire la vérité, pour beaucoup de clubs c’est la survie elle-même qui est en jeu.

On doit donc faire extrêmement attention, et nous sommes totalement concentrés sur l’objectif du maintien en Ligue 1, ce qui fait qu’on a beaucoup moins de temps pour ces partenariats internationaux. On les développe beaucoup moins actuellement.

Le football est en danger partout. Il y a beaucoup de choses qu’on a été obligé de suspendre, parce qu’on n’a ni le temps, ni les moyens. Le budget est le mal de nombreux clubs.

Justement, Ahmet SCHAEFER, via Core Sports Capital, cherche à bâtir un réseau de clubs avec, notamment, l’Austria Lustenau (D2 autrichienne) ou encore Vendsyssel FF (D2 danoise). Quel est l’avantage d’un tel projet de multipropriété de clubs ? Ce système a-t-il vocation à se répandre ?

Effectivement, notre idée est de créer une alliance de clubs pour la faire fonctionner telle une alliance de compagnies aériennes. On n’est pas les seuls à faire ça, d’autres sociétés le font, afin de créer des synergies entre les clubs.

Nous avons revendu le club danois parce qu’on a estimé que le club était difficilement durable compte tenu des difficultés locales. Ce club avait un capital négatif, et donc on a préféré le revendre l’été dernier, en perdant certes de l’argent, mais avant d’en perdre plus. 

Donc aujourd’hui, on a deux clubs, celui de Clermont Foot 63 où Ahmet SCHAEFER est largement majoritaire, et celui de l’Austria Lustenau avec une participation minoritaire, qui est actuellement en tête de la deuxième division autrichienne.

L’objectif prioritaire est donc de se concentrer sur le maintien du Clermont Foot en Ligue 1 et sur la montée de Lustenau en première division. 

Qu’est-ce que cela vous apporte ?

Concrètement, la saison dernière, nous avons placé 4 joueurs en prêts, de Clermont à Lustenau, ce qui a permis de maintenir le club. On a encore 4 joueurs en prêt cette année, et aussi, grâce à notre réseau de scouting en France, on a pu emmener 2 joueurs français en Autriche. Ce sont des bons joueurs, mais qui sont un peu passés sous le radar des clubs professionnels, comme par exemple le défenseur central, Jean HUGONET, formé au Paris FC, qui végétait en quatrième division française, et qui après une demi-saison retrouve de la confiance et démontre ses qualités là-bas, puisqu’il est titulaire indiscutable et s’est vraiment imposé. 

Le principal avantage est cette vision de pouvoir créer des synergies, des perspectives de carrière pour des jeunes, qui peut-être n’auraient pas de temps de jeu à Clermont, mais peuvent en avoir ailleurs, pour ensuite revenir à Clermont si ça marche bien, ou être transféré ailleurs ; cela permet à notre écosystème de générer des revenus. 

Ce système a-t-il des inconvénients ?

C’est toujours compliqué de mettre en place ce type de stratégie. Quand nos deux clubs étaient en Ligue 2, l’écart était moins grand. Aujourd’hui, l’écart est plus important, donc il faut s’adapter, trouver d’autres clubs partenaires. C’est ainsi que nous avons un jeune défenseur, un bon joueur, Baila DIALLO, qu’on a prêté à l’US Orléans, en National, parce qu’il fallait un niveau intermédiaire entre la ligue 1 française et la ligue 2 autrichienne.

Ça nous permet de donner du temps de jeu et d’améliorer la formation des joueurs.

Actuellement, la FIFA étudie sérieusement la proposition de la Fédération saoudienne de modifier le cycle classique de la Coupe du monde, et de l’organiser tous les deux ans. Ce projet, analysé par la Commission WENGER, est-il faisable selon vous ? Quel est votre avis sur un tel bouleversement ? 

Avec le Clermont Foot on s’est exprimé, comme l’ensemble des ligues européennes et un certain nombre d’acteurs.

Premier point, nous estimons que le calendrier est saturé, il y a beaucoup trop de matchs. Beaucoup trop de rencontres pour les joueurs d’abord, mais également pour les spectateurs et téléspectateurs. 

Deuxième point, nous observons que ceux qui veulent changer le calendrier sont ceux-là même qui ont augmenté le format des compétitions ; et on estime qu’aujourd’hui, qu’il y a trop de compétitions et surtout trop de « longues » compétitions.

Aujourd’hui, notre préoccupation principale, comme celle de toutes les ligues européennes, est de protéger les ligues nationales. 

Aujourd’hui, ce sont les clubs qui payent les joueurs. De plus en plus, ces joueurs jouent des compétitions pour des équipes nationales qui, elles, ne payent pas les joueurs. A l’arrivée, le football est une industrie, où l’employé d’une entreprise A est forcé d’être mis à la disposition gratuitement d’une entreprise B. Imaginez par exemple, dans l’industrie automobile, que pendant trois mois par an, des employés de Renault doivent travailler chez Peugeot, et qu’en plus Renault continue de payer les salaires. C’est vous dire comment cette industrie du football est particulière.

Notre préoccupation en tant que club affilié à la LFP, doit être de protéger les ligues, parce que ce sont celles qui créent « la pyramide du football ». Ce sont autour des clubs professionnels dans tous les pays du monde, en dessous desquels vivent les clubs amateurs, que se construit cette pyramide. On commence avec les jeunes, puis on grandit, puis on monte un club, puis après on finit peut-être professionnel. Les ligues nationales « domestiques » sont donc au centre du football.

Malheureusement, depuis un certain nombre d’années, les compétitions avec les sélections nationales et les compétitions internationales de clubs ont pris de plus en plus d’importance, au détriment des ligues nationales.

Newcastle a été racheté par un fonds souverain saoudien, ce qui fait rentrer les Magpies dans une nouvelle ère. Comment voyez-vous ce rachat ? Quelles raisons expliquent l’émergence ou plutôt l’assise de clubs-états ? 

Je connais cette région, j’y ai vécu et servi en étant à l’ambassade de France à Mascate en 1983-1984. Je suis souvent retourné en Oman pour le travail quand j’étais à la FIFA ou quand j’étais consultant, mais aussi pour le plaisir. J’aime beaucoup ce territoire, son histoire et la culture bédouine. 

Je pense qu’aujourd’hui, il y a une rivalité entre les pays du Golfe. Vous avez une rivalité très forte entre trois princes locaux : l’émir du Qatar, l’émir d’Abou Dhabi et le prince héritier d’Arabie Saoudite. Cette rivalité est autour du soft power, et bien évidemment le football est au cœur de ce soft power.

Les fonds financiers, souverains de ces états, n’ont pas de limites (entre le pétrole et le gaz). Aujourd’hui, posséder un club de football est un instrument de ce soft power. 

De votre point de vue, ce rachat est-il positif ? négatif ?

Il faut d’abord voir pour le club, mais aussi pour le championnat. 

Vous savez, il y a des présidents comme celui de la Ligue espagnole, Javier TEBAS, qui estime que les clubs-états ne fonctionnent pas sur les mêmes modes de fonctionnement que les clubs « entreprises » ; c’est-à-dire que les clubs états ont systématiquement des revenus d’état, qui sont eux illimités, alors que selon les principes du Fair-Play financier de l’UEFA, on ne peut dépenser que l’argent que l’on a gagné. 

Quant à ce dernier rachat, attendons de voir. Mais on voit bien qu’en Angleterre, vous avez désormais des Saoudiens avec Newcastle, Abou Dhabi avec Manchester City, le Qatar va sûrement s’intéresser à un club prochainement.

Si vous prenez l’Espagne, Abu Dhabi à Gérone, les Saoudiens ont Almeria, et les Qataris ont Cultural y Deportiva Leonesa en troisième division.

En France, les saoudiens ont racheté Châteauroux, le Qatar (avec) le PSG, et les Emiratis ont Troyes.

On voit bien qu’il y a une rivalité d’État. Cela peut être ponctuellement bien pour le football, pour le club, mais ça peut être aussi un déstabilisateur de la compétitivité de ces ligues ; car le club peut injecter de l’argent jusqu’à ce que les résultats du club fassent plaisir à leurs généreux donateurs, donc c’est compliqué. 

Vous avez été chef du protocole du Comité Français d’Organisation de la Coupe du Monde 1998. Un rôle dans Paris 2024 vous intéresserait-il ? Quelles sont vos ambitions futures ? 

Ce n’est pas du tout dans mes ambitions. Même si j’aime beaucoup de sports différents, je suis un « mec » du football. Ma passion numéro 1 c’est le football, ma passion numéro 2 c’est le football, et ma passion numéro 3 c’est le football !

On est dans un projet fascinant. Notre premier objectif était de monter en Ligue 1, le suivant est de se maintenir. Puis après, c’est d’avoir un club formateur, bien ancré dans sa région qui reste fidèle à ses valeurs de jeu et d’identité ; et c’est une entreprise compliquée, très complexe, mais passionnante.

Nous sommes engagés dans cette ville de Clermont, où l’on considère qu’un club de football va bien au-delà que la production de résultat sportif, qu’il a des responsabilités sociales et sociétales. Par exemple, avec la mission Pôle emploi, on a organisé un marché du travail au stade Gabriel-Montpied. De la même manière, on est engagé sur plusieurs questions : le stade est dans des quartiers périphériques, d’immigration, en bon état mais victime d’un certain nombre de clichés. On estime que notre stade, de par sa localisation, a une responsabilité sociale et sociétale pour casser ces stéréotypes. 

Le football est le sport le plus universel au monde. Il s’est choisi Pelé, un homme noir, comme représentant, comme icône, comme roi. Et ce n’est pas neutre. On voit qu’aujourd’hui, dans ce moment d’obscurantisme, de montée des populismes et des nationalismes identitaires, qu’on essaye de nous diviser. On nous divise sur la couleur de la peau, sur nos croyances, et le football a cette capacité de rassembler.

Le football a un rôle très important aujourd’hui. Dans un monde fracturé, qu’est-ce qu’ont en commun un Bolivien, un Vietnamien, un Canadien, un Camerounais, un Français et un Fidjien ? Le football ! 

Le football obéit à des règles simples. C’est un jeu qui n’a pas besoin de traduction, et que tout le monde suit. 

Dans une ville comme Clermont, le Clermont Foot doit contribuer avec plein d’autres, à renforcer le vivre ensemble, à faire valoir ce qui nous rassemble plutôt que ce qui nous divise. Cela fait partie de notre mission, et cette mission est une des plus belles qui soit, et je souhaite continuer cette très belle aventure.

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