Interview de Antoine Albeau (windsurf)

par | 18, Mar, 2021

À son actif : 25 titres de champion du monde, 4 de champion d’Europe et 12 médailles d’or aux championnats de France. Sans oublier, le record de vitesse en planche à voile qu’il a décroché lors de l’année 2015 en Namibie. À 48 ans, Antoine Albeau s’est lancé un nouveau défi, devenir l’homme le plus rapide de monde sur l’eau. À ses côtés dans ce projet appelé  » Zéphir », Marc Amerigo, spécialiste de l’ultra performance et Pierre Schmitz, la jeune relève française de planche à voile. Jurisportiva vous propose ici le portrait d’Antoine Albeau, tout simplement, le Français le plus titré de l’histoire.

Bonjour Monsieur Albeau. Tout d’abord, pourquoi le Windsurf ? Comment vous est née cette passion pour ce sport? 

En fait, mon père a été un précurseur de la planche à voile en France dans les années 70. Il était d’abord professeur dans un lycée et puis à côté de son travail, il a un jour décidé de monter 2 magasins de planches à voile ainsi qu’une école de voile à l’Île de Ré en 1970, à la Couarde plus précisément. Aujourd’hui je dirige d’ailleurs cette école. Cette passion pour le Windsurf est donc venue un petit peu comme ça. Je passais mes journées de vacances et les week-end à la plage, c’est une passion qui s’est transmise de père en fils.

Vous êtes le sportif français le plus titré, êtes-vous fier de ce que vous avez entrepris ?

Bien-sûr oui, mais je pense qu’il faut surtout poser la question à mes proches. Ils sont plus fiers que moi. Tout cela n’est pas arrivé du jour au lendemain, c’est un enchaînement sur plusieurs années de travail acharné. 

Comment devient-on 25 fois champion du monde de Windsurf ? 

Il n’y a pas de secret. S’il y avait un secret, il y en aurait d’autres. C’est un peu comme dans tous les sports, il faut être sérieux, s’entraîner durement, savoir s’entourer des bonnes personnes. Mais il faut surtout aimer ça et être fait pour ça finalement.

Y a-t-il un titre qui a une saveur plus particulière que les autres ? 

Il y a le premier en 1994, que j’ai remporté au Danemark. C’est le premier donc forcément il est spécial. Il y en a beaucoup dont je me rappelle moins et puis d’autres qui étaient des titres que j’ai gagnés assez facilement, alors que certains justement je me souviens avoir bataillé jusqu’à la dernière épreuve pour le remporter. 

Votre premier souvenir en planche à voile ?

A vrai dire je ne m’en souviens pas car j’avais 5 ans. J’ai évidemment des photos qu’on me montre quand j’étais plus jeune mais je me rappelle surtout de naviguer ici à l’Île de Ré avec mes copains quand j’avais l’âge de 10 ans, ce sont des super souvenirs de mes débuts dans ce sport.

Vous êtes à l’origine de la création de l’Équipe de France de funboard dont vous êtes le capitaine. Quels sont vos prochains challenges avec la sélection?

Je n’ai pas vraiment initié le projet d’Équipe de France, cela a été fait avec le représentant FunBoard à la Fédération Française de Voile : Didier Flamme. On s’est dit que ce serait bien d’avoir une team Windsurf au sein de la FFV pour essayer de s’entourer de personnes, de bénéficier d’aides, d’avoir un kinésithérapeute sur les épreuves, de s’entraîner plus régulièrement mais aussi d’être un sport plus reconnu. Nous avons eu l’idée à 2 mais c’est surtout Didier Flamme qui a monté le projet. 

Au niveau de mes prochains challenges avec la sélection, ce sont toujours les mêmes : le titre de champion du monde, la coupe du monde. Après j’ai d’autres projets à côté de cela.

Vous êtes une véritable légende dans votre domaine, vous détenez notamment le record de vitesse en planche à voile, obtenu en Namibie en 2015. Quel sentiment cela fait de dominer le monde du Windsurf ?

Il faudrait demander aux autres, le sentiment que j’ai moi, c’est d’avoir fait une carrière quasiment sans faute malgré le fait que j’ai raté certains titres mondiaux certaines années. Mais c’est clair que quand je me « retourne » et que je vois le chemin parcouru, avec le palmarès que j’ai, c’est quelque chose d’énorme. C’est rare dans le sport de voir une personne dominer et gagner aussi longtemps dans une discipline. Je suis donc fier de tout cela, mais c’est aussi le résultat de beaucoup de travail.

Vous avez voyagé à travers les 4 coins du monde pour vivre de votre passion. Le Windsurf vous a-t-il inculqué des valeurs, si oui lesquelles ?  

Beaucoup, comme l’ouverture aux autres notamment. J’ai eu la chance de rencontrer de nombreuses personnes dans des pays avec des cultures différentes. C’est très enrichissant. C’est aussi une belle récompense de ma carrière.

Comment s’est passée pour vous cette dernière année sportive au regard du contexte sanitaire ?

Comme pour beaucoup de sports, cela n’a pas été génial. La Coupe du Monde a sauté l’année dernière, on n’a pas eu une seule épreuve. Il devait y avoir en octobre dernier une tentative de record du monde de vitesse en Namibie mais elle a été annulée. Une année blanche, à oublier sur le plan sportif. Je suis maintenant sur un projet qui s’étend sur 3 ans, le projet Zephir, pour battre le record du monde de vitesse à la voile. On a commencé le projet il y a un an, en février 2020, et on a déjà pas mal avancé dessus malgré la difficulté à trouver des partenaires en période de crise sanitaire. On s’est focalisé là-dessus.

Justement, vous êtes actuellement sur un nouveau projet record avec Marc Amerigo (spécialiste de l’ultra performance) et Pierre Schmitz, 14 ans, l’avenir de votre sport. Pouvez-vous nous parler de ce projet intitulé « Zephir »?

Avec Marc, spécialiste de l’ultra performance, on s’est rencontré. Il m’a proposé de repartir à zéro, de reprendre toutes les bases et notamment du fonctionnement du Windsurf. Marc a déjà organisé des tentatives de record du monde dans des sports différents notamment en vélo de descente, en snowboard… Puis on a décidé d’ajouter Pierre dans l’aventure car c’est un petit peu le passage de relais, c’est un jeune de 14 ans qui débute les compétitions, c’est un futur champion de planche à voile. Une manière de lui passer le flambeau.

Parallèlement à votre carrière, vous avez monté une école de voile à l’île de Ré. La formation des jeunes est-elle importante pour vous? N’avez-vous pas peur que l’adage « l’élève dépasse le maître » se réalise un jour ? 

Bien-sûr que j’ai peur mais j’espère que cet adage se réalisera un jour. Cela serait tout de même malheureux que personne n’arrive à me battre. L’école de voile, créée par mon père et que j’ai repris avec ma femme Paola, c’est une école saisonnière où les enfants viennent faire des stages d’une semaine ou deux, ce n’est pas une école de sport où l’on forme les jeunes. Les jeunes que je vois passer, je peux peut-être leur donner le goût de la voile et de la planche à voile. L’équipe de France qu’on a montée au sein de la FFV sert aussi à cela, à permettre à des jeunes un peu plus âgés de se former et de se préparer pour devenir le meilleur. Je fais à côté de cela quelques actions, que ce soit sur les réseaux sociaux ou via des interventions dans des écoles de sport, pour motiver et encourager les jeunes dans ce sport.

Justement, quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui veulent se lancer ?

De ne pas aller trop vite pour commencer. De ne pas vouloir être nécessairement champion du monde. Il faut aller au bout de ses ambitions, passer beaucoup de temps sur l’eau, naviguer. Il ne faut pas griller les étapes et il faut s’entourer des bonnes personnes, et notamment des bons entraîneurs qui feront les bons choix de matériels, de telle type de navigation. C’est vraiment compliqué d’y arriver seul. 

Quels sont vos objectifs à court, moyen et long terme ? 

Ma reconversion est faite, si je ne l’avais pas encore préparé à 48 ans je serais dans la merde (rires). J’ai l’école de voile, j’ai investi. Maintenant j’ai aussi le projet Zephir et j’envisage aussi de faire la Coupe du Monde cette année car j’ai encore envie de me confronter aux autres et de garder mon niveau. En espérant que cela ne soit pas annulé car on a très peu de visibilité avec le contexte actuel.

Crédit photo : Ligue de Voile Nouvelle Aquitaine

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