Naomi Osaka claque la porte de Roland-Garros

par | 1, Juin, 2021

C’est la bombe de la quinzaine parisienne : Naomi Osaka, 23 ans et numéro 2 mondiale au classement WTA, qui faisait partie des favorites à la victoire finale, a décidé de se retirer du tournoi de Roland Garros. Petite explication contextuelle et juridique sur une polémique grandissante. 

Historique de la polémique et réactions du monde du tennis 

« Souvent, on nous pose des questions qu’on nous a déjà posées de nombreuses fois, ou des questions qui nous font douter et je ne vais pas me soumettre à des personnes qui doutent de moi ». Depuis plusieurs jours et le début des Internationaux de France à Roland-Garros, ce n’est ni le retour à la compétition de Roger Federer dans un Grand Chelem1, ni l’émulation autour d’un potentiel 14ème succès du roi de la terre battue Rafael Nadal, mais plutôt les déclarations de l’actuelle numéro 2 mondiale au classement WTA, la japonaise Naomi Osaka, qui remuent les travées de Roland-Garros et le tennis mondial. En effet, afin de « préserver sa santé mentale », la quadruple vainqueur en Grand Chelem a déclaré avant même le début du tournoi qu’elle ne se plierait pas aux obligations de présence en conférence de presse. Ce n’est pas la première fois qu’un sportif professionnel fustige l’exercice de la conférence de presse, que ce soit avant un match, après une victoire ou une défaite. Cependant, la démarche de Naomi Osaka semble être plus jusqu’au-boutiste qu’à l’accoutumée et la renonciation à un tournoi du Grand Chelem pour lequel elle faisait partie des favorites en est l’illustration. 

Une prise de position aussi radicale ne fait évidemment pas consensus dans le monde du tennis. Ashleigh Barty, star du circuit WTA et actuelle numéro 1 mondiale au classement WTA a souhaité s’exprimer sur le sujet : « On sait ce pour quoi on signe en tant que joueurs de tennis professionnels. Les conférences de presse font partie du travail. Bien sûr, c’est un moment qui peut être compliqué à gérer. Personnellement, je n’ai jamais eu de problème à répondre aux questions. Cela n’empêche pas de dormir. J’essaye même de m’amuser un peu avec vous, mais je pense que pour chacun c’est différent ».

Quant à Rafael Nadal, il a également réagi sur le sujet : « Je respecte sa décision, mais sans la presse, sans les gens qui voyagent pour écrire pour nous, nous ne serions pas les athlètes que nous sommes aujourd’hui. On n’aurait pas la même reconnaissance, la même popularité. Les médias sont une partie importante de notre sport ».

Le point juridique : sources, mise en œuvre et conséquences

Le directeur du tournoi Guy Forget l’a rappelé : « D’après les règlements de la WTA2 et de l’ATP3, les joueurs et joueuses ont l’obligation de tenir une conférence de presse après chaque matche sous peine d’amende ». En effet, dans l’ATP RuleBook il est expressément écrit : « Unless injured and physically unable to appear, a player or team must be available post-match in the mixed zone or media conference area, as determined by ATP, after the conclusion of each match whether the player or team was the winner or loser. Post-match media obligations include two (2) interviews, with the host and player’s national broadcasters. This rule shall also apply to matches won or lost as a result of a withdrawal or retirement4».

C’est contre cette obligation que s’élève Naomi Osaka. En conséquence, elle a été condamnée à une amende de 15 000 dollars (environ 12 300 euros) après avoir refusé de se présenter en conférence de presse suite à sa victoire contre Patricia Maria Tig. Cette première sanction a été appliquée sur le fondement de l’article III H. du Code de conduite. Ce montant lui aurait été infligé à chaque refus de se présenter à une conférence de presse (article III T du Code de conduite) et pouvait même aller jusqu’à une exclusion du tournoi (article IV A.3 du Code de conduite). C’est en anticipation de cette sanction que Naomi Osaka a fait le choix, en ce premier lundi de la quinzaine, de quitter le tournoi.

À l’heure actuelle, nous ne savons pas s’il y aura une réaction disciplinaire de la part de la WTA et quelle en sera la teneur. Cependant, et notamment au regard du Code de conduite, Naomi Osaka ne s’expose pas à de nombreuses sanctions étant donné l’absence de répétition dans son boycott des médias. En effet, si la joueuse avait passé la quinzaine à éviter les médias, les conséquences auraient pu aller jusqu’à une suspension des tournois du Grand Chelem et un enchaînement d’amendes.

Un début de changement dans le tennis mondial ?

La WTA n’a pas hésité à rappeler à l’ordre la Japonaise dans un communiqué où elle explique que « les athlètes professionnels ont la responsabilité pour leur sport et pour les fans de parler à la presse durant les compétitions » soulignant que « cela donne l’opportunité de partager leur ressenti et de raconter leur histoire ». La réaction du tout récent président de la Fédération française de tennis (FFT), Gilles Moretton, a été sans équivoque : « C’est une erreur phénoménale et ça montre à quel point, aujourd’hui, il faut que dans notre sport il y ait une gouvernance forte. Ce qui se passe là n’est pas, à mon sens, acceptable. Il y a des règles, des lois, on va s’y cantonner pour les pénalités, les amendes, mais au-delà de ça, c’est le tennis qu’on veut promouvoir ». Pour le moment donc, les instances du tennis ne semblent pas être prêtes à un changement, précisément sur cette question. 

Cependant, et d’une manière plus générale, le renoncement de Naomi Osaka à un tournoi du Grand Chelem dans le but de se préserver mentalement est à mettre en perspective avec d’autres déclarations de joueurs et joueuses à propos de la manière dont le tennis semble atteindre leur santé mentale. Il y a quelques semaines de cela, c’était Benoît Paire qui faisait état d’une véritable fatigue mentale après des mois de compétition passés dans des stades vides. 

La crise du Covid semble avoir affecté de nombreux sportifs et sportives professionnels. Le tennis, sport individuel par excellence, ne semble pas avoir échappé aux conséquences psychologiques et mentales des confinements à répétition, des tournois à huis-clos, des tournois tronqués et des quarantaines répétées. La forme laisse certainement à désirer mais le choix de Naomi Osaka n’est pas infondé et semble plutôt, à l’image de celui de Benoît Paire, être un appel à l’aide plutôt qu’une envie de mettre à mal l’image des joueurs et joueuses du circuit professionnel.

  1. Ndlr : Naomi Osaka a remporté deux fois l’Open d’Australie ainsi que deux fois l’US Open.
  2. WTA : Women’s  Tennis Association
  3. ATP : Association of Tennis Professionals
  4. Traduction en français : « À moins d’être blessé et physiquement incapable de se présenter, un joueur ou une équipe doit être disponible après le match dans la zone mixte ou la zone de conférence de presse, comme déterminé par l’ATP, après la conclusion de chaque match, que le joueur ou l’équipe ait gagné ou perdu. Les obligations médiatiques d’après-match comprennent deux (2) interviews, avec l’hôte et les diffuseurs nationaux du joueur. Cette règle s’applique également aux matches gagnés ou perdus à la suite d’un abandon ou d’une retraite ».

Crédit photo : L’équipe

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