Interview – Mathieu Le Bescond de Coatpont

par | 26, Fév, 2021

Jurisportiva est allé à la rencontre de Mathieu Le Bescond de Coatpont en sa qualité de directeur du Master Droit du sport de l’Université de Lille. À travers cet échange, essentiellement destiné à présenter le Master qu’il dirige, celui-ci revient sur son parcours professionnel, sur le droit du sport en général, mais également sur les conditions d’admission au Master, son contenu et ses débouchés. Nous le remercions pour sa disponibilité et vous souhaitons une excellente lecture.

 

Bonjour Monsieur, pouvez-vous vous présenter dans un premier temps ?

Bonjour. Tout d’abord merci beaucoup de m’avoir convié à cet entretien. C’est toujours un plaisir de pouvoir répondre aux questions des étudiants et de présenter le Master Droit du sport de Lille. Pour me présenter dans les grandes lignes, j’ai réalisé mes études de droit à l’Université de Lille après une prépa scientifique. Je me suis ensuite orienté vers un doctorat spécialisé en droit des affaires. J’ai alors rédigé une thèse sur la « dépendance des distributeurs ». Par la suite, j’ai passé le Barreau de Paris et j’ai travaillé dans un cabinet d’avocats pendant près de 4 années. Après cela, j’ai complété ma formation avec une année dans un Master en administration des entreprises à l’IAE de Lille avant de devenir finalement Maître de conférences à l’Université de Lille en droit privé et de prendre la direction du Master 2 Droit du Sport qui, depuis cette année est un parcours de Master en deux années. Enfin, très récemment j’ai eu l’opportunité de prendre la direction de la mention Droit des affaires dont le Master Droit du Sport est un des parcours.

Pourquoi avoir repris le Master de droit du sport ? Aviez-vous fait du droit du sport avant ? 

Il a été créé initialement par le Professeur Romain Boffa puis dirigé par Monsieur Jean-Philippe Tricoit, c’est lui qui a assuré la direction du master pendant deux années avant de me transmettre le flambeau.

Je n’avais pas fait de Droit du sport avant, c’était une matière que je connaissais de très loin. En étudiant le Droit du sport, on se rend vite compte que c’est un droit polyvalent qui touche à différents domaines du droit. En réalité la majeure partie des questions sont liées à des clubs professionnels qui sont en réalité de Petites et Moyennes Entreprises (PME) avec des problématiques d’entreprises et des spécificités liées au sport. Il était donc pertinent qu’un spécialiste en droit des affaires s’investisse dans une formation de droit du sport. D’ailleurs la plupart de mes collègues en droit du sport n’ont pas, à l’origine une formation en droit du sport, mais par exemple, une formation en droit public ou en droit social. Ces branches du droit mènent au droit du sport.

Pourquoi la création du Master 1 « droit des affaires parcours droit du sport » à Lille? 

Cette création s’explique par une politique nationale relayée par l’Université de Lille mais elle a été en réalité, une véritable opportunité. On a réfléchi à un diplôme prévu sur deux ans. C’est ce qu’on a décidé à l’Université de Lille, ce qui n’est pas le cas dans toutes les universités. Aujourd’hui si l’étudiant valide son Master 1 droit du sport, il accède directement au Master 2 droit du sport. On ne se retrouve plus avec des étudiants ayant un « demi master ». Ce parcours sur 2 ans permet une formation plus étalée tout en conservant une composante généraliste en droit des affaires et cela représente une « sécurité » non négligeable pour les étudiants qui auraient peur de se retrouver sans Master 2.

Comment définiriez vous le droit du sport ? 

Le droit du sport en tant que tel n’existe pas, ce n’est pas une véritable branche du droit, il s’agit plus des différentes branches du droit qui sont appliquées à un secteur économique particulier : le sport. En réalité, derrière le « droit du sport » on rassemble toutes les règles éparses applicables au sport. C’est plus le droit d’un secteur économique qu’une branche du droit en elle-même.

Pouvez-vous expliquer brièvement une problématique juridico-sportive type à un « profane » en droit du sport?

C’est difficile dans cette matière d’avoir un exemple type. Il y a des questions générales qui vont toucher le sport comme la rupture d’un CDD mais aussi des spécificités liées au sport comme la question de la réglementation sportive. Les réglementations des fédérations créent un véritable droit issu d’associations : on a des producteurs de normes, des instances qui exécutent ces normes et qui les sanctionnent avec de véritables spécificités comme le mécanisme obligatoire de conciliation préalable avant saisine du juge. 

Certaines personnes peuvent avoir tendance à sinquiéter du secteur assez fermé que représente le droit du sport, comment les convaincre que le droit du sport est davantage une «niche» ? 

C’est clairement une niche. Il y a de plus en plus de sports qui se professionnalisent comme le handball par exemple. Il y a donc, par voie de conséquence, un accroissement du besoin de juristes. Il y a de plus en plus de contentieux mais cela reste une véritable niche. Il faut le souligner, le juriste en droit du sport n’est pas le juriste le mieux payé non plus mais le véritable attrait du droit du sport est de travailler dans un domaine particulier, passionnant. De plus un juriste en droit du sport est amené à faire de tout. Ses missions sont souvent extrêmement variées si bien qu’il ne s’ennuie pas.

Quel est le profil type idéal pour faire un Master en droit du sport ?

À mon sens, il n’y a pas de profil type. Justement, comme le droit du sport est très varié et polyvalent, je recherche plutôt des profils divers d’étudiants spécialisés : en droit public par exemple car lorsqu’on travaille dans une Fédération, généralement délégataire d’une mission de service public, on fait beaucoup de droit public. Les étudiants peuvent venir de tous les domaines du droit, voire même de formations non juridiques à condition bien sûr que cette formation comporte tout de même de quelques enseignements juridiques (langues étrangères appliquées ou encore STAPS). De même il n’y a pas forcément besoin d’être sportif et passionné par le sport. Ce que recherchent les entreprises, c’est avant tout un juriste, pas un supporter. Certes, naturellement, les étudiants qui présentent leur candidature ont généralement une appétence pour le sport et la connaissance du milieu sportif est importante mais les compétences juridiques le sont encore plus.

Quels sont vos critères de sélection pour intégrer le Master?

Mes critères de sélection sont transparents, ils sont publics et disponibles sur la plaquette du Master (https://www.univ-lille.fr/formations/fr-00002462.html) téléchargeable sur le site de l’Université de Lille. La sélection s’effectue en deux temps : d’abord une sélection sur dossier où plus ou moins un tiers des étudiants sont retenus pour un entretien. Les critères principaux de sélection sont les suivants : 

– la maîtrise d’une langue étrangère, particulièrement l’anglais

– les résultats scolaires sont évidemment très importants et ce spécialement dans les matières pertinentes pour le droit du sport à savoir le droit des obligations, le droit public… Il faut avoir des fondamentaux solides ;

– enfin les expériences dans le milieu professionnel (stage, travail dans le domaine juridique…) associatif ainsi que dans le milieu sportif sont de réelles plus values qui peuvent faire la différence sur un dossier.

L’objectif de l’entretien est de sonder le savoir-être de l’étudiant, sa manière de se présenter, de s’exprimer à l’oral et sa capacité à pouvoir s’intégrer dans un groupe. Bien que cela soit compliqué à déterminer en une dizaine de minutes, les étudiants en master droit du sport sont généralement des personnes assez sociables car elles pratiquent des sports collectifs et même avec les sports individuels où l’on s’entraîne avec des personnes en lesquelles on doit avoir confiance.

Quelle est la procédure dadmission ? 

Les dates de dépôt des dossiers sont affichées sur le site de l’Université de Lille. Il y a un dossier à constituer sur un site qui s’appelle Ecandidat, qui est utilisé par la majorité des universités. Il faudra joindre un CV, une lettre de motivation notamment ainsi que d’autres pièces justificatives. J’insiste sur le fait qu’il est important de soigner la présentation de ces documents, il faut les avoir personnalisé, s’être renseigné. Il ne faut pas hésiter à poser des questions aux anciens, aux étudiants actuels ou au responsable directement pour avoir plus d’informations si nécessaire. Une fois les dossiers transmis, nous avons environ un mois pour les étudier. Il y a ensuite des convocations à des entretiens individuels qui s’étalent sur deux semaines. Ces entretiens qui seront encore à distance cette année à mon avis, durent une dizaine de minutes. Je demande aux étudiants de se présenter en Anglais et ensuite de répondre à quelques questions. L’étudiant reçoit enfin une réponse et sait s’il est placé en liste principale ou complémentaire.

Quelles sont les matières principales en Master 2 droit du sport et quaborde-t-on en Master 1 en matière de droit du sport ? 

L’approche du droit du sport correspond à celle du milieu, soit une approche 360. Il y a des matières juridiques fondamentales dans le droit du sport comme la justice sportive ou le droit des groupements sportifs, le droit du dopage… Il y a également des matières moins juridiques comme de la sociologie des organisations sportives, de la physiologie du sport. Il y a enfin des matières plus économiques comme le financement du sport, le marketing sportif. Toutes les matières sont détaillées sur la plaquette, elles sont très variées car l’objectif est d’avoir un large champ de compétences sur tous les domaines mobilisés par le sport.

Quels sont les différents débouchés dun Master en droit du sport ? 

Un master en droit du sport peut mener à différents métiers. Cela peut être juriste dans une entité sportive comme une fédération, un club mais également un équipementier sportif. Cela peut aussi mener au métier d’avocat, certains en font leur activité principale, d’autres une activité accessoire. Certains sont avocats mandataires sportifs. Il est possible de travailler dans les collectivités territoriales, par exemple dans les services des sports des mairies, des départements, des régions ou bien encore au Ministère des Sports. Cela peut enfin mener à un travail dans des entreprises privées comme Décathlon ou des équipementiers sportifs comme Nike mais aussi des médias sportifs. Certains diplômés en droit du sport travaillent aussi dans le milieu associatif, l’insertion par le sport. Enfin et je le cite en dernier volontairement car c’est une « ultra niche », le métier d’agent sportif : cela fait rêver beaucoup d’étudiants mais la réalité est beaucoup moins reluisante car c’est un métier compliqué et il est difficile d’en vivre.

Comment est organisé lextra scolaire avec le Master droit du sport ?

En temps normal l’extra-scolaire est extrêmement important. Le Master a noué des partenariats et des liens avec la plupart des acteurs sportifs de la région mais également au-delà (en France, en Belgique, en Suisse, etc.)dans tous les sports et niveaux. Il est donc proposé aux étudiants plusieurs fois par mois d’avoir des rencontres avec des professionnels (juristes, agents sportifs, directeur de club…) afin d’aider les étudiants à construire leurs projets professionnels en découvrant la variété des métiers du milieu juridico-sportif mais également de se constituer un premier réseau. Sont également proposées des visites d’infrastructures sportives (INSEP, stade Pierre Mauroy…).

Pourquoi un étudiant devrait t-il choisir le Master droit du sport de Lille? 

Il faut savoir qu’il existe plusieurs masters en Droit du Sport. Ces masters sont tous de qualité. J’encourage les étudiants qui ont vraiment identifié qu’ils voulaient poursuivre en master droit du sport à présenter des candidatures à l’ensemble des masters pour mettre toutes les chances de leur côté. Chaque Master à ses spécificités, le master de Dijon insiste sur le droit public notamment, alors que le Master de Limoges a une composante économique très marquée… Notre Master droit du sport à Lille est intéressant pour plusieurs raisons. Il se réalise sur deux années désormais  : les étudiants sont sélectionnés dès le Master 1 et suivent dès la première année, des enseignements adaptés aux besoins du secteur sportif : contrats d’affaires appliqués au sport, compatibilité d’entités sportives, gestion juridique des activités sportives, droit des groupements sportifs, etc. Une autre spécificité du master de Lille qui constitue un véritable atout est sa situation géographique (1h de Paris, 30 min de Bruxelles et 1h15 de Londres). Cela ouvre des perspectives pour les contrats d’apprentissage, les contrats de professionnalisation et les stages. Un stage en alternance est d’ailleurs possible dès le second semestre de Master 1. 

L’objectif est de professionnaliser progressivement l’étudiant sur quatre semestres.

Le Master que vous dirigez peut-il mener à une carrière au sein d’entité e-sportive ? 

L’Esport est une discipline en plein essort. On a de plus en plus de structures professionnelles avec des compétitions d’ampleur nationale voire mondiale. Il y a une véritable structuration du milieu qui passe par un certain nombre de normes juridiques et, par suite, le besoin de juriste pour rédiger les statuts, les contrats de travail ou encore gérer le contentieux lié à cette pratique.

En termes de métiers, les compétences que l’on attend d’un juriste dans le domaine du sport sont exactement les mêmes que celles que l’on attend d’un juriste dans l’Esport, à savoir régler des questions de participation à des compétitions, rédiger des CDD sportifs, rédiger des contrats de sponsoring… Les compétences sont les mêmes. Ainsi une personne ayant une formation en droit du sport peut tout à fait embrasser une carrière dans le droit de l’Esport.

Attention, cela reste un secteur en structuration, les postes purement juridiques sont assez rares pour l’instant. Dans le sport en général on recherche des juristes très polyvalents, c’est d’autant plus vrai dans l’Esport. C’est en tout cas un secteur qui, je pense, a de l’avenir.

Le rôle du juriste grandit-il dans les structures sportives ? 

Oui évidemment. Pendant très longtemps il y avait très peu de contentieux et il était très peu complexe. Aujourd’hui on retrouve du contentieux même au sein du sport amateur. Cela a amené à juridiciser énormément le sport. Par exemple, dans certains sports, les commissions de discipline ne prenaient pas la peine de motiver leurs décisions auparavant. Puis, quand des décisions ont été remises en causes par le juge administratif, cela a évolué. Les fédérations ont ainsi dû s’adapter et recruter des juristes. A côté de cela, le juriste a de nombreuses autres missions diverses, notamment administratives et financières.

 

Crédit photo – Master 2 Droit du sport de Lille

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