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Interview de Julien Lavagne

Ancien capitaine et libéro du Paris Volley, Julien Lavagne a pris sa retraite sportive au printemps 2020, après 14 ans de carrière au haut niveau. Désormais chargé de développement au Paris Volley, il a gentiment accepté de répondre à mes questions. Je vous propose ici une interview complète, pleine de sincérité retraçant le parcours d’un sportif de haut niveau réfléchi et déterminé. Un grand merci à lui pour son apport.  Je tiens également à remercier Lucas Renard co-rédacteur de cette interview !

“Ces obstacles dans ma carrière m’ont rendu plus fort”

 

Bonjour Julien, pouvez-vous nous raconter comment vous est née cette passion du volley ?

C’est une passion qui est arrivée super tôt car mes parents étaient dans le monde du volley, ils étaient dirigeants du club de volley de Béziers, où je suis né. Ils étaient tout le temps dans des gymnases, je les accompagnais, et naturellement j’ai commencé à jouer vers l’âge de 11 ans.

Pouvez-vous revenir brièvement sur vos débuts dans le volley ?

Pour commencer, j’ai été entraîné par mon papa, pendant deux années. Ensuite, j’ai commencé à avoir un peu plus de niveau, donc à l’âge de 13 ans je suis allé vers un club professionnel plus formateur pour les jeunes, l’Arago de Sète, jusqu’à mes 18 ans.

Quelle fût la suite de votre carrière ?

Je suis parti faire mes études sur Montpellier, où j’ai continué le volley dans le club professionnel de la ville. J’y ai signé un contrat en tant que stagiaire professionnel, et j’ai finalement eu l’opportunité de rentrer dans l’équipe première, 2 ou 3 ans plus tard. C’est un parcours assez atypique car je suis vraiment passé par la filière « club », et non par les filières nationales comme la plupart des sportifs de haut-niveau. J’ai ensuite joué pendant 14 années au haut-niveau, pendant lesquelles je suis passé par 8 clubs différents, dont le Paris Volley où j’ai finalement fini ma carrière.

Quels sont vos meilleurs souvenirs au cours de votre carrière ?

En tant que jeune, on était une bonne bande de copains donc j’ai beaucoup de très bons souvenirs avec eux, notamment toutes les fois où on a été champions. En tant que professionnel, je dirai en priorité le titre gagné avec le Paris Volley, car on était descendu en 2ème division et il fallait remonter la pente avec le club, puis je dirais le titre gagné avec le SAEMS Tourcoing. Après, il y a aussi eu la super saison de 2017 au Paris Volley, avec un groupe incroyable mais où l’on s’est malheureusement arrêté en demi-finale. Pour finir, je me souviens aussi d’un match exceptionnel de Coupe d’Europe qu’on avait remporté avec le GFCA Volley-Ball Ajaccio.

Avez-vous connu des obstacles dans votre parcours ? Des moments de doutes ?

Oui, beaucoup. J’ai l’habitude de dire qu’une carrière n’est pas un long fleuve tranquille, il faut s’accrocher, persévérer, être résilient, savoir rebondir après chaque échec, savoir s’entourer des bonnes personnes. Je me souviens notamment d’une année où je me suis retrouvé sans contrat, où je me suis blessé (ligaments croisés). Puis la fin de chaque contrat est elle-même difficile, car les contrats sont courts et la situation est délicate, la situation de chaque sportif est plus ou moins instable à la fin de chaque année. Ce sont des périodes difficiles à surmonter psychologiquement, c’est un peu la face cachée du métier, celle que les spectateurs ne voient pas mais cela fait partie de notre carrière. Parfois ces moments là nous permettent de devenir plus fort mentalement ou même de se relancer.

A qui faites-vous référence quand vous conseillez de « bien s’entourer » ?

Je parle d’agents sportifs, de la famille, d’amis, d’entraîneurs, etc. A titre personnel j’ai été très bien entouré par ma famille, par mon agent, qui ont su m’aider et me soutenir dans les moments les plus compliqués. Croyez-moi, cela peut faire la différence dans la carrière d’un sportif ou d’une sportive.

Vos parents, qui avaient de l’expérience dans le monde du volley, vous ont-ils conseillé sur vos choix de carrière ?

Non, mes parents m’ont toujours laissé beaucoup de liberté dans mes choix, ce qui ne m’empêchait pas d’aller leur demander conseil. Ils ont su rester près de moi quand j’en avais besoin, sans pour autant guider ma carrière. Je leur serai toujours reconnaissant pour ça et les remercierai jamais assez.

Selon vous, quelles sont vos forces et vos faiblesses au volley ?

J’ai toujours été un élément fédérateur pour un groupe, un élément moteur, un leader, quelqu’un de persévérant, résilient, qui donne vraiment tout sur le terrain. Après, dans le jeu lui-même, j’avais des qualités de rapidité, de technique, qui ont souvent compensé ma petite taille. Concernant mes faiblesses, je n’avais jamais envie de perdre donc je me mettais souvent la pression pour gagner, parfois un peu trop. Il fallait savoir la transformer en pression positive.

Jugez-vous que votre taille ait été une faiblesse dans votre carrière ?

Oui, bien-sûr, mais j’ai su m’en servir et tirer le meilleur de mes capacités physiques. J’étais petit, certes, mais certainement plus vif et plus rapide que les autres. Après, je n’aurais pas refusé 10 ou 15 centimètres de plus (rires).

Regrettez-vous de n’avoir jamais intégré l’Équipe de France ?

Non, non. J’aurais adoré porter le maillot de l’Équipe de France, évidemment, cela aurait été un honneur, mais je n’avais pas le niveau international. J’estime qu’avoir fait autant d’années en 1ère division c’est déjà un super objectif de rempli.

En termes de rémunération, combien peut gagner un joueur professionnel de volley ?

Ça oscille beaucoup, comme dans tous les sports. En France, je dirais que le salaire peut aller de 1000 euros, pour les plus jeunes professionnels, jusqu’à 7 000 euros par mois. Dans les championnats étrangers, en revanche, les salaires peuvent être bien au-dessus de ces montants-là.

Qu’est-ce-que le volley vous a apporté personnellement, en termes de valeurs ?

C’est un sport collectif, donc inévitablement il est vecteur de cohésion sociale, de solidarité, de travail d’équipe, etc. Ce sont des valeurs qui sont très éducatives et qui forgent l’humain, des valeurs qui font grandir. Le volley m’a appris à être solidaire, bienveillant, à avoir de l’empathie, à travailler en équipe, à aider l’autre, comprendre les autres joueurs, etc. Le volley c’est une bonne partie de ma vie.

Vous venez de prendre votre retraite, pouvez-vous nous dire pourquoi ? Quels seront vos projets par la suite ?

Pour plusieurs raisons… Ça faisait maintenant 14 ans que je jouais et j’avais d’autres projets personnels qui se mettaient en place. Pour la première fois en 15 ans, j’avais envie de favoriser mes souhaits personnels plutôt que ma vie professionnelle. J’aurais peut-être pu faire 1 ou 2 ans de plus, mais je pense que j’avais fait mon temps, c’était le moment de partir. J’ai également rencontré quelqu’un, donc j’avais envie de changer de vie, de prévoir l’avenir. J’avais envie de travailler dans l’industrie du sport, de me lancer dans ce domaine. Au final, je travaille avec le Paris Volley et parallèlement j’intègre l’EM Lyon pour suivre un Master spécialisé dans le management. Cette double casquette va me permettre de mettre en œuvre dans le club ce que j’apprends à l’EM Lyon.

Comptez-vous, sur le long terme, rester dans le monde du volley ?

Je ne sais pas encore… Pour l’instant je profite de l’opportunité de prendre en expérience avec l’équipe commerciale du Paris Volley, car je reste intéressé par le sport quoi qu’il en soit. On verra bien par la suite de quoi l’avenir sera fait !

 

Crédit Photo : Fabienne Ponin

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