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Interview de Pape Sy

Dans la continuité de mon projet juridico-sportif, j’ai pris l’initiative de contacter le basketteur français Pape Sy. Drafté en 2010 par les “Hawks” d’Atlanta (franchise NBA), ce dernier est revenu, à travers cette interview, sur son expérience dans le basket et sur ses perspectives d’avenir. J’ai été très heureux de pouvoir échanger avec un sportif d’une extrême gentillesse et d’une simplicité peu courante. Je le remercie vivement pour le temps qu’il m’a accordé.

 

Mordu de Basket depuis sa tendre enfance, Pape Sy devient professionnel en 2007 au Havre, son club formateur. Jeune très prometteur, il est drafté en NBA en 2010 par la franchise des Hawks d’Atlanta. Le costarmoricain de naissance, a connu un certain nombre de péripéties dans sa carrière, mais s’est toujours relevé en gardant les pieds sur terre. Passé par de grands clubs français et actuellement à Gravelines Dunkerque, le basketteur, à travers cet échange, témoigne de son parcours et de ses ambitions futures.

“Je veux contribuer au retour du BCM sur le devant de la scène”

 

Bonjour Pape ! Pour commencer, peux-tu nous raconter tes débuts dans le basket ?

J’ai commencé le basket au berceau (rires). Je suis né avec, j’ai presque le sentiment d’être né dans une salle de basket. Mes parents étaient entraîneurs au moment de ma naissance. Ils étaient joueurs de basket, tous deux au niveau professionnel. Mon père jouait à l’époque en National 4, ce qui équivaut à une National 2 aujourd’hui. Ma mère a joué dans plusieurs clubs français mais aussi en équipe nationale du Sénégal. J’ai touché à différents sports mais je suis toujours revenu aux sources avec le basket. J’ai fait toutes mes catégories dès mon plus jeune âge dans ce sport.

Quelles sont tes plus grandes qualités dans ce sport?

Je dirais que mon expérience est ma principale force. Le fait d’avoir « vadrouillé » à gauche et à droite, d’avoir connu différentes situations, les victoires, les défaites puis les belles saisons et celles un peu plus compliquées. En termes de défauts, je pense que c’est la frustration liée aux qualités que je n’ai pas pu développer comme je le voulais. J’ai beaucoup joué sur mes forces et je n’ai pas assez travaillé mes faiblesses. C’est la facilité du « je réussis comme ça, alors pourquoi changer ? ». Me remettre en question sur ma technique aurait été bénéfique.

Tu es formé au Havre, tu y resteras 3 saisons en tant que professionnel, jusqu’en 2010. Peux-tu nous faire un retour de ton expérience là-bas ?

J’ai été formé au Havre où j’ai passé au total 6 ans, dont 3 années en tant que professionnel. C’était une réelle expérience parce que c’était mes premières années comme professionnel, j’ai découvert là-bas, le milieu du basketball. J’ai eu la chance que mon entraîneur du centre de formation devienne coach de l’équipe première au moment où j’ai signé mon premier contrat professionnel. La transition a donc été plutôt facile. Mes coéquipiers du centre de formation sont aussi arrivés dans l’équipe en même temps que moi, donc mon intégration a été assez aisée. C’était les belles années au Havre, j’en garde beaucoup de bonnes choses et cela a permis aussi de propulser ma carrière.

En 2010, après avoir été drafté par les Hawks d’Atlanta, tu te blesses et te retrouves finalement en D-League (Utah Flash). Un rêve devenu cauchemar ?

Non, ça n’a pas vraiment été un cauchemar parce que quoi qu’il arrive, j’ai réalisé un rêve en intégrant une équipe de NBA. Ce passage aux Etats-Unis n’était pas prévu. Je ne m’y attendais vraiment pas. J’ai pris ce qui venait à moi et j’ai fait de mon mieux mais il y a des fois des choses qu’on ne contrôle pas dans la vie (cf : sa blessure). Je l’ai retenue comme une expérience, j’ai fait confiance à la franchise qui m’avait drafté. Il y a eu des moments plus difficiles que d’autres. A ce niveau là, ce n’est plus « le monde des bisounours » (rires), « tout n’est pas tout beau tout rose ». Mais ce que je tire de tout cela, c’est que cette expérience m’a été utile tout au long de ma carrière.

Tu ne penses pas avoir précipité un peu ton départ aux USA ? Comment se passe ton retour en France ?

Je ne dirais pas “précipité” car je n’avais pas le choix sur le moment. C’était une opportunité qui s’offrait à moi, il fallait la saisir. Je ne peux pas avoir de regrets mais j’aurais peut-être aimé être mieux préparé avant de me lancer dans cet épisode de ma carrière et de ma vie. Comme tu peux l’imaginer, il y a forcément eu de la déception ! Quand tu es drafté, que tu signes un contrat par la suite, tu te projettes… Il y a eu beaucoup de concours de circonstances entre ma blessure et le lock-out en NBA. J’ai eu ce sentiment d’inachevé, de ne pas avoir pu jouer toutes mes cartes. Sur le moment, beaucoup de frustrations mais je me rappelle m’être dit à cette période, « qu’il ne fallait pas lâcher », ne pas « baisser les bras ».

Je me suis relancé à Gravelines Dunkerque, paradoxalement a tout ce qui m’arrivait, on a réalisé avec l’équipe la meilleure saison du club, quand je suis revenu. Cela m’a beaucoup aidé, cette bonne dynamique, la « chaleur du nord », cet esprit très positif autour de moi. A côté de ça, j’ai tissé beaucoup de liens amicaux là-bas, cela a été une saison gagnante, tant sur le plan sportif que sur le plan humain.

Après avoir passé une saison à Dunkerque, tu rejoins le Mans. Tu avais de nouvelles ambitions ?

Au Mans, je partais sur une nouvelle dynamique. J’étais reparti l’été précédant ma signature au Mans, faire les ligues d’été, à Atlanta aux Etats-Unis. J’avais le sentiment qu’il fallait opter pour une autre voie que la NBA. J’ai réalisé qu’il fallait que je me concentre sportivement sur mon avenir en France, sur mes performances en club. C’est le déclic dans ma carrière qui m’a poussé à me concentrer sur ce que j’avais. J’avais peut-être au fond de moi encore l’espoir d’un jour retourner en NBA mais on se rend vite compte que tout se passe très vite aux « States », c’est un véritable business.

En 2014, tu reviens au BCM pour finalement repartir en 2016 à Strasbourg. Que retiens-tu de tes 2 années au SIG?

En sortant de Gravelines je sortais d’une très belle saison, j’avais l’ambition de jouer une Coupe d’Europe et de briller pour continuer sur cette dynamique. Mon expérience à Strasbourg a été assez mitigée. Quand je suis arrivé à Strasbourg, c’était Henrik Dettmann aux manettes. Nous n’avons pas bien commencé, on est rentré dans le dur très rapidement, bien que Strasbourg a toujours été une équipe d’un grand collectif avec un énorme potentiel. J’ai vite été frustré parce que je ne jouais pas le même basket qu’à Dunkerque, mais ça fait aussi partie du sport. Cela a été beaucoup d’ajustement pour jouer dans la méthode de Vincent Collet qui a remplacé Dettmann. Lors de ma deuxième saison, j’ai été blessé. Resté un petit bout de temps hors des terrains m’a permis de me recentrer sur moi-même. Puis, il y a eu beaucoup d’apprentissage personnel dans ce club; mon expérience a donc été mine de rien, très enrichissante. On a tout de même gagné la Coupe de France, même si j’étais toujours blessé à ce moment-là : je me souviens d’ailleurs avoir forcé auprès du « doc » pour jouer (rires).

Là-bas tu as côtoyé Franck Ntilikina. Que penses-tu de ce jeune, désormais joueur en NBA, qui est considéré comme l’un des plus grands espoirs de sa génération ?

Il était très mature. Sa maturité m’a toujours impressionné. Je pense d’ailleurs que c’est sa plus grande qualité. C’est un excellent basketteur, une personne avisée. Il avait et il a toutes les armes pour réussir en NBA. Quand je disais précédemment que j’aurais aimé être mieux préparé lors de mon passage à Atlanta, c’est vrai que Franck, c’est difficile de faire mieux. Il avait la « hype ». Il s’y attendait je pense, cela lui a permis de se projeter, de se préparer.

Arrivé à Cholet en 2018, tu quittes le club l’année dernière en activant ta clause de sortie pour rejoindre pour la 3ème fois Gravelines Dunkerque. Pourquoi ce choix, alors que tu étais capitaine et que tu réalisais une de tes meilleures saisons?

J’ai choisi Cholet car le projet de reconstruction de l’équipe avec de jeunes et talentueux joueurs comme Hayes ou Ndoye, m’attirait particulièrement. J’ai saisi cette opportunité parce que le club sortait d’une saison très compétitive avec notamment sa participation en Leaders Cup. A côté de cela, c’était l’occasion de retrouver des responsabilités et de me relancer après ma blessure à Strasbourg. Ma saison à Cholet à été l’une des saisons les plus compliquées de ma carrière. Quand tu arrives dans une structure telle que Cholet Basket, tu n’as pas envie de faire partie de ceux qui font reléguer le club. En tant que capitaine, j’avais une pression supplémentaire. J’ai été assez marqué de cette courte période à Cholet. L’opportunité de Gravelines s’est présentée à moi, d’autant plus que je connaissais le coach de longue date(il était mon assistant au Havre). Comme dit plus tôt, je marche énormément à l’affectif, et j’ai donc décidé de faire confiance à son projet et de rejoindre le BCM en 2019.

As-tu un agent et si oui, quel est le lien que tu entretiens avec lui ?

Mon agent est Pedja Materic. J’aime avoir une relation assez proche avec les personnes qui m’entourent. Je fonctionne essentiellement au « feeling ». Avec Pedja, on communique régulièrement, tant professionnellement que personnellement. Nous sommes proches. Il m’a beaucoup aidé au cours de ma carrière, même si j’ai changé plusieurs fois d’agents.

Un moment inoubliable pendant ta carrière ?

Je dirais mon premier titre au Mans avec la Leaders Cup en 2014. Il y a également, mon premier titre de Champion de France Espoir au Havre. C’est vrai qu’on était dans l’équipe, une « bande de potes » et c’était une expérience très enrichissante et épanouissante.

Ne regrettes-tu pas ton absence en Equipe de France ?

Je ne vais pas dire le contraire, j’aurais aimé représenter mon pays. J’ai porté le maillot de l’Equipe de France Jeune mais ce n’est pas tout à fait pareil. Je suis issu d’une génération dorée, c’était donc je pense, plus compliqué.

Quelles sont les conséquences professionnelles du COVID 19 pour toi ?

On est très préoccupé par la situation sanitaire. La santé est la priorité, mais nous attendons les directives du gouvernement et de la ligue. C’est une situation inédite et on espère tous ne pas être trop impactés négativement. On ne connait pas encore les modalités qui seront décidées quant à la saison en cours, puis il y aura la problématique du mercato, sachant que beaucoup de l’effectif sont en fin de contrat…… Il y a beaucoup d’éléments qui rentrent en jeu. Mais le principal reste la santé parce qu’avec la santé, on peut tout faire.

Un objectif en vue pour l’année prochaine ?

Pour commencer, être performant. Il faut que ce club revienne sur le devant de la scène, ça me tient à cœur. Mon objectif reste de jouer le haut tableau et de remporter des titres.

Des projets d’avenir post carrière, une reconversion ?

Oui évidemment ! J’ai toujours anticipé, je suis actuellement étudiant depuis 1 an à l’EM Lyon dans un programme de management en ligne. Ce n’est jamais évident de devoir arrêter un métier dans lequel il y a tant de passion. J’essaie de me former, pour à l’avenir, pourquoi pas, devenir entraîneur. Je prends mon temps, car ce sont des choix qui demandent de la réflexion.

Une anecdote drôle ?

Avec mon coéquipier Alain Koffi, on était au Mans ensemble et on habitait dans le même immeuble. On avait l’habitude d’aller ensemble de temps en temps en covoiturage à l’entrainement, sinon chacun prenait sa voiture, on partageait le même parking. Un matin, Alain venait d’être Papa. Il monte dans sa voiture, ne me voit pas et prend la route du centre. Je monte dans la mienne et je le suis, mais je remarque que ses rétroviseurs sont fermés. Tout au long du chemin, ils les a gardés fermés. En arrivant, je lui dis « Mais Alain, tu sais que tes rétroviseurs étaient fermés, qu’est-ce que tu fais » ? Il était impacté par la naissance de son enfant. Quelques années plus tard, j’ai été à mon tour papa et on a eu une discussion sur cet épisode, ce fameux jour. Je lui ai alors dit, « Je comprends mieux maintenant » pourquoi tu n’avais pas mis tes rétroviseurs, tu es tellement heureux que tu as la tête ailleurs.

Quizz :

Ton move préféré ?

La feinte de tir, départ à droite.

La meilleure ambiance ?

Au centre de formation du Havre.

Les meilleurs supporters ?

Le public de Gravelines Dunkerque.

Ton équipe préférée ?

Atlanta Hawks.                                                        

Une idole ?

Michael Jordan

Un jeune joueur prometteur?

Killian Hayes.

Un surnom ?

« Papichti »   

Ta plus grande fierté ?

Les titres, la NBA, et les liens avec les personnes que j’ai tissé grâce au Basket.

Un regret?

Aucun, car j’estime avoir fait le maximum et tirer le meilleur de chaque situation.

 

Merci à Pape Sy pour sa contribution.

Crédit photo : Le Phare Dunkerquois

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